Cahier des charges ethnopraxique
Cahier des charges de l'ethnopraxique
Origine du document
Ce cahier des charges est issu d'une lecture textuelle pas à pas de la Convention de l'UNESCO du 17 octobre 2003 pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, conduite à température basse et selon une discipline d'observation différée : la grille candidate à expliciter ce que la Convention présuppose ne devait pas être projetée sur le texte mais validée à l'issue de la lecture, vis-à-vis des contraintes accumulées.
La grille candidate (grille G) consiste à appliquer la Convention à son apogée logique en considérant le PCI de la communauté humaine, étudié par une discipline scientifique émergente — l'ethnopraxique — qui prend pour objet l'être humain à partir de ses constantes ethnologiques communes.
Ce document fixe ce qui revient à la grille G comme cadre, et ce qui revient à l'ethnopraxique comme programme d'observation à conduire et à consolider.
Définition opératoire
- Ethnopraxique
- Discipline scientifique émergente prenant pour objet l'être humain à partir de ses constantes ethnologiques communes, ces constantes étant entendues non comme invariants effectués mais comme capax partagé — capacité humaine attestée de produire la diversité ethnologique observée et observable.
- Statut
- Discipline en cours de constitution, à consolider et non à fonder ex nihilo. Elle se construit à partir de matériaux dispersés dans des disciplines déjà reconnues — du chromosome (génétique des populations, paléoanthropologie) à l'UNESCO (œuvre normative sur ce qui est commun à l'humanité) — et attend d'être stabilisée par reconnaissance d'une communauté propre et articulation de son vocabulaire et de ses procédures.
- Inscription dans le cadre G7/S7 2019
- Recherche citoyenne s'inscrivant dans la quadruple hélice (universités, institutions, industrie, citoyens) reconnue comme quatrième pilier de la recherche.
Cadre conceptuel — relève de la grille G
Le cadre n'est pas un système de conclusions ; il est l'ensemble des concepts qui ouvrent l'espace d'observation à l'ethnopraxique sans en préjuger le contenu.
Le porteur
Toute considération du PCI suppose un porteur. Le porteur est ce qui reconnaît un PCI comme sien, exerce sur lui une souveraineté de reconnaissance, et participe — selon des modalités variables — à sa création, son entretien, sa transmission et sa recréation.
Les figures du porteur, telles que la Convention les nomme, sont :
- l'individu humain ;
- le groupe ;
- la communauté ;
- la communauté humaine elle-même, comme limite ultime à laquelle s'applique la Convention à son apogée.
Ces figures ne sont pas hiérarchisées par dérivation. Aucune n'est dérivée d'une autre. Chacune actualise sa puissance propre selon ce qu'elle est, sur le considéré qui correspond à son échelle.
Le mnème
Suivant Ampère, le mnème est la somme des traces mémorielles maturées chez un porteur. Il explique son présent et lui ouvre l'accès aux possibles. Le mnème est en maturation continue ; il n'est pas un état figé mais un mouvement de mémoire qui travaille, articule, déplace, relie ses traces.
Le mnème individuel d'un porteur singulier constitue son mnémosome, informationnellement organisé comme matrice immatérielle de sa singularité.
Le capax
Le capax est la somme des possibles auxquels le mnème d'un porteur lui donne accès. Il n'est pas un horizon abstrait des possibles humains en général, mais l'ouverture singularisée que le mnème de ce porteur rend praticable.
Mnème et capax ne sont pas des états mais des mouvements. Le mnème en maturation et le capax en ouverture sont liés par un acte qui n'est ni mécanique ni causal.
La décision intellitive
L'acte qui articule le mnème et le capax est la décision. La décision repose sur l'intellition — considération interne du contexture par opposition à l'information comme connaissance externe du contexte. Par l'acte intellitif, le porteur considère son mnème et reconnaît dans son capax les possibles qu'il prend en charge.
La décision est libre. La liberté est première dans le cadre G ; sans liberté, il n'y aurait ni décision intellitive, ni capax au sens propre, ni porteur en tant que tel.
La pluralité des modes décisionnels
Aux échelles où il y a plusieurs porteurs, la décision se déploie selon plusieurs modes que l'ethnopraxique a pour mission d'identifier, de décrire et d'articuler. Le cadre G atteste au moins trois modalités sans en préjuger l'exhaustivité ni l'articulation :
- Décision libre individuelle — un porteur décide pour lui-même par acte intellitif sur son mnème.
- Décision collective au sens additionnel — plusieurs porteurs décident par procédure d'agrégation (vote, scrutin) ; la démocratie en est la forme reconnue ; capacité humaine attestée comme constante, parfois mobilisée comme moindre mal personnel lorsque la conjugaison n'est pas atteignable. C'est ce mode qui a permis l'adoption de la Convention de 2003.
- Décision conjuguée — plusieurs porteurs décident dans un acte commun où leurs libertés s'engagent l'une dans l'autre sans se composer ; à l'échelle de la pensée, ce mode est la co-noèse, dont le corrélat est le co-noème.
À ces modes décisionnels s'ajoutent les modalités où la décision libre n'est pas pleinement exercée — diverses formes de soumission qu'il revient à l'ethnopraxique de qualifier sans préjuger a priori de leur typologie.
Le considéré
Pour chaque porteur, le PCI considéré est celui qui correspond à son échelle propre. Le cosmos au sens de la Convention désigne ce à quoi un PCI se rapporte. À chaque échelle de porteur correspond un cosmos, et la Convention requiert que le porteur exerce sa souveraineté de reconnaissance sur ce cosmos sans interférence indue.
Programme d'observation — relève de l'ethnopraxique
Ce qui suit n'est pas un ensemble de conclusions ; c'est l'inventaire des objets que l'ethnopraxique a pour mission d'observer, de décrire et d'articuler. Les conclusions appartiennent à la discipline elle-même, à mesure de sa consolidation.
Domaine 1 — Constantes ethnologiques communes
Identifier, décrire et qualifier ce qui se laisse attester comme commun à l'humain, considéré non comme intersection des cultures effectives mais comme capax humain partagé. Travailler en continuité avec :
- la génétique des populations et la paléoanthropologie ;
- l'ethnologie classique et l'anthropologie comparée ;
- la linguistique générale et la géolinguistique (linguasphère) ;
- les sciences cognitives et les neurosciences du développement ;
- les études comparées des religions, des techniques, des systèmes de parenté ;
- l'œuvre normative de l'UNESCO et le droit international des droits humains ;
- toute autre discipline contribuant à l'identification de ce qui est commun à l'humain dans ses praxis.
Domaine 2 — Modes décisionnels
Décrire l'ensemble des modes par lesquels les humains, individuellement et collectivement, décident :
- la décision libre individuelle, ses conditions, ses formes, ses limites ;
- la décision collective au sens additionnel — démocratie sous ses formes diverses, procédures d'agrégation, modalités d'adhésion à la décision composée ;
- la décision conjuguée — co-noèse, pratiques de consensus, formes traditionnelles de prise en charge collective non procédurale ;
- d'autres modes attestables que l'observation ferait apparaître.
L'articulation des modes — par alternance, complémentarité, stratification, ou autres modalités — est elle-même objet d'observation et non de décret théorique.
Domaine 3 — Soumissions et altérations de la décision
Étudier les conditions dans lesquelles la décision libre n'est pas, ou n'est qu'imparfaitement, exercée. Le cadre G identifie sans typologiser a priori :
- les soumissions par contrainte ;
- les soumissions consenties à des autorités reconnues ;
- les soumissions inadverties (préformatage culturel, médiatique, algorithmique) ;
- les non-décisions par défaut, inertie ou épuisement ;
- les soumissions imposées par la situation matérielle.
L'ethnopraxique a pour mission de décrire ces formes, leurs effets sur le mnème et le capax, leurs combinaisons, et les conditions historiques et techniques qui les produisent ou les amplifient — singulièrement à l'âge de l'IA et des bulles algorithmiques.
Domaine 4 — Vie humaine en société
Articuler les domaines précédents dans l'observation de la vie humaine en société, où s'enchevêtrent porteurs de différentes échelles, modes décisionnels divers, soumissions de divers ordres et capax distincts.
Domaine 5 — Conditions de la souveraineté de reconnaissance
Étudier dans quelles conditions effectives un porteur exerce, ou n'exerce pas, sa souveraineté de reconnaissance sur son PCI. Distinguer la reconnaissance effective de ses simulacres. Fournir des critères opératoires permettant de qualifier les conditions d'exercice, là où la Convention exige cette souveraineté sans la décrire.
Conditions à satisfaire vis-à-vis de la Convention de 2003
La grille G est candidate à expliciter ce que la Convention présuppose. À ce titre, elle doit satisfaire les conditions suivantes — partagées entre ce qui revient au cadre G lui-même et ce qui revient à l'ethnopraxique comme discipline d'observation.
Conditions de cadre — relèvent de la grille G
- Distinguer non-arbitrairement les figures du porteur (individu, groupe, communauté, communauté humaine).
- Reconnaître à chaque figure un mode d'être qui en fait un porteur possible.
- Articuler ces figures sans les hiérarchiser au point d'en réduire certaines à des cas marginaux des autres.
- Rendre compte, pour chaque figure, du considéré sur lequel elle exerce sa souveraineté de reconnaissance.
- Tenir comme première la liberté du porteur sans en faire la condition générique de l'humain en société.
- Laisser ouverte la pluralité des modes décisionnels (libre individuel, collectif additionnel, conjugué, et altérations) sans en fermer la typologie.
Conditions de programme — relèvent de l'ethnopraxique
- Être validable comme discipline d'observation, en cohérence avec les disciplines existantes dont elle consolide les apports.
- Rendre observable la dynamique vivante du PCI (création, entretien, transmission, recréation) selon les modes propres à chaque figure de porteur.
- Rendre observables les articulations entre souveraineté de reconnaissance des porteurs et souveraineté étatique-territoriale, telles que la Convention les exige (participation à l'identification, respect des pratiques coutumières, implication active dans la gestion).
- Rendre observables les conditions effectives d'exercice ou de non-exercice de la souveraineté de reconnaissance par les porteurs.
- Documenter les modalités selon lesquelles, à l'échelle de la communauté humaine, la décision se prend — par voie collective additionnelle (comme pour l'adoption de la Convention elle-même) ou par voie conjuguée (co-noèse à l'échelle de l'humanité).
Contre-réfutations ouvertes
Quatre tensions textuelles ont été identifiées au cours de la lecture de la Convention, qui n'ont pas été tranchées au fil mais qui restent des points d'épreuve pour la grille candidate.
Entrée 1 — Article 2.1, phrase 2
La phrase attribue la dynamique de recréation permanente du PCI aux communautés et aux groupes ; l'individu n'y est pas nommé. Hypothèse de résolution : la phrase décrit le cas ethnologiquement validé en 2003 ; un mode individuel de recréation peut relever d'une caractéristique anthropologique en cours d'identification à la faveur de l'émergence techno-sociétale contemporaine ; le silence du texte serait un silence de prudence scientifique, non d'exclusion. Affaiblissement constaté : l'article 15 attribue explicitement création, entretien et transmission aux trois figures de la triade, individus inclus. Test pour l'ethnopraxique : documenter le mode propre de recréation individuelle et son inscription dans la continuité ethnologique.
Entrée 2 — Article 3.b
La Convention écarte tout effet sur les régimes de propriété intellectuelle. Lecture stricte : exclusion d'une interprétation patrimoniale individuelle au sens civiliste. Hypothèse de résolution : l'article 3.b écarte les effets internationaux de la Convention sur les régimes existants ; il n'interdit pas au droit interne d'élaborer une patrimonialité individuelle inspirée des principes conventionnels. Test : distinguer nettement la souveraineté de reconnaissance (registre conventionnel) de la titularité juridique opposable (registre civiliste interne) ; expliciter comment les principes conventionnels peuvent inspirer la seconde sans s'y substituer.
Entrée 3 — Article 4
Le mot souverain est réservé à l'Assemblée générale des États parties. Lecture stricte : la souveraineté serait exclusivement étatique-conventionnelle dans la Convention. Hypothèse de résolution : la Convention n'use du mot que dans son acception institutionnelle (organe de décision ultime) ; cela laisse intacte la possibilité d'une souveraineté des porteurs au sens substantiel (autorité de reconnaissance), qui n'est pas de même nature et n'entre pas en concurrence. Test : articuler les deux ordres sans confusion ni concurrence.
Entrée 4 — Article 11.b
L'identification du PCI se fait avec les communautés, les groupes et les ONG ; les individus n'y sont pas nommés. Lecture stricte : exclusion des individus de l'acte conventionnel d'identification. Hypothèse de résolution : formule générale qui couvre les cas typiques sans valoir exclusion ; l'article 15 réintroduit la triade complète au stade plus large de la participation et de la gestion. Test : expliquer la cohérence des deux mentions sans contradiction.
Articulations avec le corpus de l'intellitique
L'ethnopraxique se déploie en cohérence avec le corpus de l'intellitique et en articulation avec les concepts qui la structurent :
- Uniréel
- Conflation de l'univers (cosmos matériel singulier) et de l'unisphère (potentiellement infinie des cosmos immatériels). L'ethnopraxique étudie l'humain dans l'uniréel.
- Cosmos
- Au sens de la Convention, ce à quoi un PCI se rapporte. Toujours immatériel sans qualification contraire. À chaque porteur correspond un ou plusieurs cosmos.
- Cosmosome
- Matrice informationnelle du cosmos. Hom(−,A) au sens du lemme de Yoneda.
- Mnème / mnémosome
- Mnème : somme des traces mémorielles maturées d'un porteur (Ampère). Mnémosome : matrice informationnelle du mnème, en particulier individuelle, juridiquement protégeable comme PCI individuel sous l'angle de la Convention de 2003 et du Code du patrimoine.
- Co-noèse / co-noème
- Acte de pensée commune où plusieurs noeses s'engagent l'une dans l'autre sans se composer ; le co-noème en est le corrélat. La co-noèse est, à l'échelle de la pensée, le mode décisionnel conjugué par excellence.
- Doxème
- Unité élémentaire de doxa constitutive d'un cosmos immatériel.
- Synèse
- Rough consensus à la française — intellition commune jamais close, toujours approfondie. Forme ouverte de la décision conjuguée.
- Conjugué / conjuguée (décision)
- Mode décisionnel où plusieurs libertés s'engagent réciproquement dans un acte commun, distinct de la décision collective additionnelle.
- ALFA — Architectonie Libre
- Vision d'une architectonique de la réalité, librement disponible à tous. Compas, non carte. Cadre dans lequel s'inscrit l'ethnopraxique.
- Capacitation, capax, colligence
- Capax : potentiel latent. Capacitation : émergence d'une puissance d'agir depuis le porteur lui-même. Colligence : émergence d'un ordre relationnel par dérive néguentropique.
- Diktya, diktyodonnées, diktyoférence
- Termes du cadre topologique des liens dans lequel l'ethnopraxique trouve son outillage relationnel.
Note méthodologique
Ce cahier des charges est volontairement ouvert. Il n'enferme pas l'ethnopraxique dans des conclusions qu'elle n'a pas encore produites. Il fixe ce qu'elle a à observer, sans préjuger de ce qu'elle observera.
Il a vocation à être complété, corrigé et enrichi à mesure que la discipline se consolide et que ses observations s'accumulent. Les conditions ici énoncées ne sont pas des contraintes externes imposées à la discipline mais l'inventaire, à un moment donné, des exigences que la lecture de la Convention de l'UNESCO de 2003 fait peser sur toute grille candidate à expliciter ses présupposés.
À mesure que l'ethnopraxique fournira des éléments de réponse aux contre-réfutations ouvertes (entrées 1 à 4) et que ses observations sur les modes décisionnels, les soumissions et la vie humaine en société se consolideront, ce cahier des charges sera révisé et précisé.
Voir aussi
- Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel — UNESCO, Paris, 17 octobre 2003
- Intellitique
- Uniréel
- Mnémosome
- Co-noèse
- Capax
Catégorie:Ethnopraxique Catégorie:Intellitique Catégorie:Patrimoine culturel immatériel