INTÉGRER LA SCIENCE CITOYENNE DANS LA POLITIQUE DE RECHERCHE
INTÉGRER LA SCIENCE CITOYENNE DANS LA POLITIQUE DE RECHERCHE
Documents de travail de politique scientifique, technologique et industrielle de l’OCDE
Avril 2025 — N° 175
Documents de travail de politique scientifique, technologique et industrielle de l’OCDE
Le présent document a été approuvé et déclassifié par procédure écrite par le Comité de la politique scientifique et technologique (CSTP) le 17/03/2025 et préparé pour publication par le Secrétariat de l’OCDE. Toute conclusion de ce travail est sans préjudice des examens qui pourraient être conduits par les autorités d’enquête ou dans le cadre des procédures de règlement des différends de l’OMC concernant les subventions et les mesures compensatoires.
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Résumé
La science citoyenne, c’est-à-dire l’engagement actif des citoyens dans la production de connaissances scientifiques, constitue un mode de recherche qui peut être appliqué dans une très grande variété de domaines scientifiques et qui présente une valeur pour répondre à un large éventail de priorités d’action publique. Des facteurs technologiques et sociétaux, tels que la transition numérique et l’accroissement de la sensibilisation du public à la science ainsi que de son intérêt pour celle-ci, soutiennent la croissance de la science citoyenne. Ce rapport s’adresse principalement aux décideurs publics de la recherche au sein des ministères et des agences de financement, afin de les aider à reconnaître le potentiel de la science citoyenne et à concevoir, mettre en œuvre et évaluer des politiques efficaces en la matière. Il comprend un ensemble de recommandations générales, articulées à un cadre d’action publique et à des options de politique, combinées à l’analyse d’initiatives nationales et internationales illustratives.
Avant-propos
Au cours de la dernière décennie, le nombre d’initiatives de science citoyenne a augmenté à l’échelle mondiale, selon des approches de politique différentes suivant les pays et les contextes. Les outils numériques ont amplifié les possibilités d’implication des citoyens dans la recherche et ont été utilisés pour mobiliser des solutions issues de la foule ainsi que des expertises situées en dehors des institutions scientifiques, afin de répondre à des questions de recherche fondamentales et appliquées. La pandémie de COVID-19 a mis en évidence l’importance des citoyens dans l’identification et la prise en compte de besoins urgents de recherche et de politique publique (par exemple, le « Covid long » a été identifié par des groupes de patients), ainsi que dans la collecte et la fourniture de données de recherche critiques. Forte d’une longue histoire de déploiement dans la recherche environnementale et d’un potentiel réel pour promouvoir la sensibilisation et l’engagement sociétaux, la science citoyenne constitue un outil important pour répondre aux Objectifs de développement durable (ODD).
Malgré sa popularité croissante, la science citoyenne soulève un certain nombre de préoccupations ou de défis de politique publique. Ceux-ci incluent les obstacles à la participation de groupes insuffisamment desservis, les préoccupations éthiques relatives à la collecte de données, ainsi que l’assurance qualité des données et recherches fournies par les citoyens. De nombreuses organisations et forums de science citoyenne ont été créés afin de promouvoir cette dernière et de fournir des orientations fondées sur de bonnes pratiques et des principes communs, mais ces initiatives tendent à se concentrer sur le niveau opérationnel plutôt que sur le niveau plus large des politiques publiques. Il demeure nécessaire de disposer d’une compréhension partagée, au niveau des politiques, des raisons pour lesquelles, des moments où, et des modalités selon lesquelles la science citoyenne devrait être promue.
En 2023, le Forum mondial de la science (GSF) de l’OCDE a lancé un nouveau projet intitulé « Science citoyenne : politiques visant à promouvoir l’engagement des citoyens dans la production de connaissances scientifiques ». Ce projet prolonge les travaux antérieurs du GSF sur l’engagement sociétal dans la science et dans les politiques de science, notamment les travaux portant sur la science ouverte, l’engagement citoyen et la recherche transdisciplinaire. Le principal résultat du nouveau projet, décrit dans le présent rapport, est un cadre destiné à aider les décideurs à intégrer les considérations relatives à la science citoyenne dans différents domaines de politique publique et à favoriser une compréhension plus large ainsi qu’un consensus politique sur les rôles et la valeur de la science citoyenne. Ce cadre est complété par des options de politique publique (voir Tableau 1), qui énoncent des actions spécifiques que les décideurs peuvent entreprendre, ainsi que par des exemples illustratifs de politiques et d’initiatives (voir annexes D et E), mises en œuvre dans différents pays.
Remerciements
Ce travail a été supervisé par un groupe international d’experts (voir annexe A), désigné par les pays membres du GSF. Le groupe d’experts (EG) était coprésidé par Jeremy Kerr, Canada, et Melanie Knetsch, Royaume-Uni. Le présent rapport final de politique publique est le produit des travaux de ce groupe. Il a été rédigé par le Secrétariat OCDE-GSF, Masatoshi Shimosuka et Gemma Volpicelli, et édité par Carthage Smith, avec les contributions de l’ensemble des membres du groupe d’experts. En outre, plusieurs autres personnes ont apporté des contributions importantes. Cela inclut 25 experts supplémentaires ayant participé comme intervenants ou panélistes à un atelier de projet de deux jours consacré au partage d’expériences, de défis et de bonnes pratiques, à partir d’une diversité d’acteurs.
Table des matières
- Résumé
- Avant-propos
- Remerciements
- Résumé exécutif
- Recommandations
- 1. Introduction
- Méthodologie
- 2. Vue d’ensemble de la science citoyenne
- 1. L’engagement des citoyens dans la recherche : passé et présent
- 2. Qu’est-ce que la science citoyenne ?
- 3. Analyse par pays et options de politique publique
- 1. Paysage des politiques
- 2. Défis de politique publique
- 3. Options de politique publique
- 4. Cadre d’action publique
- 1. La justification de la science citoyenne – pourquoi la science citoyenne devrait-elle être envisagée ?
- 2. Guide pas à pas – quand la science citoyenne devrait-elle être promue ?
- 3. Considérations de mise en œuvre – comment répondre aux défis de mise en œuvre de la science citoyenne ?
- 5. Remarques conclusives
- Références
- Notes
- Annexe A. Composition du groupe d’experts
- Annexe B. Projets et programmes illustrant différentes justifications de la science citoyenne
- Annexe C. Exemples de plateformes de science citoyenne
- Annexe D. Politiques et initiatives de science citoyenne
- Annexe E. Caractéristiques essentielles de différents programmes de financement de la science citoyenne
- Annexe F. Exemple d’évaluation – Programme canadien des contaminants dans le Nord
Figures
- Figure 1. Cadrage général du projet
- Figure 2. Croissance des documents liés à la science citoyenne
- Figure 3. Documents liés à la science citoyenne : par pays/territoire et par domaine disciplinaire
- Figure 4. Le périmètre de la science citoyenne dans ce rapport
- Figure 5. La science citoyenne dans la production de connaissances scientifiques : un écosystème complexe
- Figure 6. Structure du cadre d’action publique
- Figure 7. Organigramme décisionnel du guide pas à pas
Tableaux
- Tableau 1. Facteurs habilitants et options de politique publique pour promouvoir la science citoyenne
- Tableau 2. Justifications, domaines d’impact, avantages/bénéfices perçus et inconvénients/défis
Résumé exécutif
La science citoyenne, c’est-à-dire l’engagement actif des citoyens dans la production de connaissances scientifiques, constitue un mode de recherche pouvant être appliqué dans une grande variété de disciplines scientifiques et présentant également une utilité pour répondre à de larges priorités de politique en matière de science, technologie et innovation (STI). Il existe trois grandes justifications de politique publique pour promouvoir la science citoyenne : i) accroître l’étendue de la collecte et de l’analyse des données et accélérer la découverte scientifique ; ii) répondre plus efficacement aux besoins et défis sociétaux ; iii) favoriser la démocratisation, la légitimité et l’appropriation des politiques éclairées par les connaissances scientifiques. La science citoyenne devrait être considérée comme une partie intégrante de la science ouverte.
La science citoyenne présente une valeur potentielle pour les producteurs et les utilisateurs de connaissances scientifiques, non seulement dans les domaines où sa valeur est déjà reconnue, comme l’environnement, la biodiversité, la santé et l’astronomie, mais aussi dans de nombreux secteurs, allant de l’énergie et de la transition numérique aux transports et à la conception urbaine. Les citoyens disposent d’éclairages et de connaissances importants (par exemple des connaissances locales, historiques ou expertes) dans tous ces domaines. Ils peuvent aider à collecter et analyser des données critiques et, surtout, ils peuvent formuler de nouvelles questions de recherche qui leur importent directement. L’engagement des citoyens dans la recherche est essentiel pour relever nombre des défis complexes inscrits dans les objectifs de développement durable.
Plusieurs moteurs technologiques et sociaux soutiennent la croissance de la science citoyenne. La transition numérique a considérablement étendu les capacités et possibilités offertes aux citoyens pour contribuer à la recherche scientifique. Un nombre croissant de plateformes virtuelles de science citoyenne offre des occasions de contribuer à une multitude de projets différents. Les applications mobiles ont facilité la collecte, la vérification et l’analyse des données, et l’accès à une forte puissance de calcul et à des outils logiciels s’est largement diffusé. À ces nouvelles possibilités d’engagement s’ajoutent une sensibilisation et un intérêt croissants de nombreux citoyens. Les tendances démographiques et éducatives observées dans de nombreux pays signifient qu’un grand nombre de personnes hautement qualifiées passent des périodes plus longues dans une retraite active ; dans certains domaines de recherche, elles représentent une part importante des scientifiques citoyens. Dans le même temps, la science citoyenne constitue un mécanisme permettant d’impliquer certains groupes sociaux spécifiques, y compris des détenteurs de savoirs traditionnels et locaux, et d’intégrer leurs perspectives dans la recherche scientifique.
De nombreux pays de l’OCDE ont adopté des initiatives de science citoyenne, mais un potentiel important demeure inexploité pour mieux mobiliser sa puissance dans la réponse aux défis scientifiques et sociétaux. C’est pourquoi ce rapport présente des recommandations, un cadre d’action publique et des options de politique publique — accompagnés d’exemples de politiques et d’initiatives existantes — afin d’aider les décideurs des ministères et des agences de financement à déterminer pourquoi, quand et comment la science citoyenne devrait être promue. Ces éléments reposent sur une analyse de la littérature et des données publiquement disponibles, ainsi que sur une collecte originale d’informations auprès de 15 pays et organisations, et sur des consultations d’experts.
Le cadre d’action publique repose sur trois piliers destinés à assurer une intégration cohérente et efficace de la science citoyenne dans la politique de recherche : 1. établir la justification de la science citoyenne ; 2. fournir un guide pas à pas ; 3. exposer les considérations de mise en œuvre. La justification de la science citoyenne dépend des objectifs de politique poursuivis. La science citoyenne peut être mobilisée pour faire progresser la recherche tout en atteignant simultanément plusieurs objectifs de politique publique. Le guide pas à pas et les considérations de mise en œuvre peuvent aider les décideurs à planifier, mettre en œuvre et évaluer la science citoyenne. Le guide proposé dans ce document comprend six étapes, allant de la définition du problème jusqu’à l’évaluation, afin d’apprécier la valeur potentielle et la faisabilité de la promotion de la science citoyenne dans différents scénarios. Les considérations de mise en œuvre couvrent des questions telles que l’engagement des citoyens, l’assurance qualité et l’éthique, ainsi que la conception et la gestion de programmes de financement efficaces.
Les recommandations et le cadre d’action publique sont complétés par un ensemble d’options de politique publique concrètes (voir Tableau 1), ainsi que par une liste de politiques et d’initiatives illustratives déployées au sein des pays et entre eux (voir annexe D). Ceux-ci portent sur le financement de la recherche et sur cinq autres facteurs habilitants devant être pris en compte pour que la science citoyenne puisse prospérer : l’environnement juridique et politique national ; la culture institutionnelle de la recherche ; le renforcement des capacités et les réseaux ; les infrastructures d’appui ; et le dialogue sociétal. Les principales caractéristiques d’un certain nombre de programmes de financement visant à promouvoir la science citoyenne ont également été analysées séparément (voir annexe E).
La diversité des politiques et initiatives existantes en matière de science citoyenne souligne les différences entre les pays. Chaque pays possède son propre système de gouvernance de la recherche et se trouve à un stade différent de développement de la science citoyenne. Les pays poursuivent également des objectifs différents en la matière. Par conséquent, la pertinence et la faisabilité des recommandations de politique publique et des options correspondantes, ainsi que l’identité des acteurs chargés de leur mise en œuvre, varient selon les pays.
En définitive, dans la mesure où la science citoyenne met en jeu une pluralité d’acteurs et d’interactions entre eux, son plein potentiel ne peut être réalisé qu’au moyen d’efforts conjoints des gouvernements et des agences de financement (initiatives descendantes), travaillant en coopération étroite avec une variété d’acteurs de terrain, parmi lesquels les citoyens, les scientifiques professionnels, les institutions de recherche et les communautés locales (initiatives ascendantes). Des groupes et entités dédiés à la science citoyenne, y compris des intermédiaires publics et privés, des réseaux et des associations, peuvent jouer un rôle clé à ces interfaces.
Recommandations
L’analyse générale de ce rapport conduit à dix recommandations qui doivent être prises en compte pour promouvoir la science citoyenne (c’est-à-dire l’engagement actif de scientifiques non professionnels dans la production de connaissances scientifiques). Ces recommandations reflètent la complexité des acteurs et des interactions à l’œuvre dans un écosystème de science citoyenne dynamique et soulignent la nécessité d’une approche systémique de politique publique.
Pourquoi et quand promouvoir la science citoyenne ?
- Les responsables politiques et décisionnels à tous les niveaux de l’État, y compris les ministères et les agences de financement, devraient reconnaître la valeur de la science citoyenne pour la science et pour la société. Du point de vue de la politique de recherche, il existe trois grandes justifications pour promouvoir la science citoyenne : i) accroître l’étendue de la collecte et de l’analyse des données et accélérer la découverte scientifique ; ii) répondre plus efficacement aux besoins et défis sociétaux ; iii) favoriser la démocratisation, la légitimité et l’appropriation des politiques éclairées par les connaissances scientifiques.
- Les décideurs des politiques scientifiques devraient intégrer la science citoyenne dans leurs réflexions lors de l’élaboration des politiques. Elle peut être mobilisée dans tous les domaines de recherche et présente également une valeur pour répondre à plusieurs priorités transversales de politique STI, notamment la science ouverte et l’engagement du public.
Comment soutenir la science citoyenne ?
- Un engagement de haut niveau (dans les ministères, les agences de recherche et les institutions) est essentiel pour favoriser une acceptation plus large de la valeur de l’engagement actif des citoyens dans la recherche. Cela est important pour créer un environnement favorable et mobiliser les ressources nécessaires dans la durée.
- Les approches descendantes et ascendantes doivent être combinées et effectivement soutenues pour promouvoir la science citoyenne, car celle-ci exige l’engagement de multiples acteurs et de bonnes interactions entre eux. La communication entre les décideurs et ces autres acteurs, notamment le monde académique et la société civile, est essentielle afin de garantir que leurs perspectives soient intégrées dans une élaboration et une mise en œuvre efficaces des politiques, y compris dans le développement d’instruments de financement appropriés.
- Une variété de groupes et d’entités de la communauté de la science citoyenne, y compris des intermédiaires publics et privés, des réseaux et des associations, devraient être reconnus et soutenus en conséquence. Ils peuvent jouer un rôle important dans l’habilitation de la science citoyenne et dans la traduction de ses résultats en action publique et en bénéfices sociaux.
Surmonter les obstacles et les défis
- La rigueur et la qualité de la science citoyenne, ainsi que la gestion des biais potentiels, doivent être assurées pour que la science citoyenne soit largement acceptée. Afin de permettre aux praticiens de traiter ces questions, une attention particulière des politiques publiques est requise, y compris le développement d’infrastructures de données appropriées ainsi que de mécanismes d’examen et d’appui.
- Dans l’ensemble de la planification et de la mise en œuvre des politiques, il est important de reconnaître que les citoyens constituent un groupe très hétérogène, présentant des motivations, des intérêts et des obstacles différents à l’engagement dans la recherche. Selon les justifications et objectifs spécifiques, l’inclusion de groupes sociaux divers dans la science citoyenne constitue un objectif légitime et peut, dans certains cas, être essentielle à la réussite. Les cadres éthiques de la recherche et les mécanismes d’examen pourraient devoir être ajustés afin de traiter la sous-représentation et d’autres questions éthiques liées à la participation des citoyens.
- Les collaborations internationales en science citoyenne peuvent contribuer de manière significative au traitement des défis mondiaux. Cela suppose une coopération partagée sur les standards de données, les infrastructures et les financements, ainsi qu’un soutien aux réseaux internationaux.
Changement systémique et évaluation de l’impact
- La communauté scientifique et ses institutions devraient considérer la science citoyenne comme un mode de recherche valable, capable de compléter et d’améliorer les activités de recherche traditionnelles. Cela requiert une évolution de la culture académique de la recherche, laquelle peut être soutenue par la mise en place de parcours professionnels appropriés et de systèmes de reconnaissance pour les praticiens de la science citoyenne.
- Le suivi, l’évaluation et l’appréciation des impacts de la science citoyenne devraient refléter les différentes justifications de son déploiement et, dans de nombreux cas, les impacts les plus importants ne seront pas pleinement reflétés par les mesures bibliométriques traditionnelles de performance. Les méthodes de suivi, d’évaluation et d’appréciation ex ante et ex post des impacts de la science citoyenne devraient continuer à être développées et diffusées, tout en reconnaissant que certains impacts importants ne peuvent apparaître qu’à long terme et que l’impact sur les participants citoyens eux-mêmes constitue l’un des résultats critiques.
Ces méta-recommandations sont complétées par un cadre d’action publique et des options de politique publique assorties d’exemples de politiques et d’initiatives existantes. Le cadre d’action publique (voir le chapitre « Cadre d’action publique ») fournit des orientations afin d’assurer une intégration cohérente et efficace de la science citoyenne dans la politique de recherche, partout où elle peut être utile. Les options de politique publique (voir Tableau 1), complétées par une liste de politiques et d’initiatives existantes (voir annexe D) et par les principales caractéristiques des programmes de financement (voir annexe E), peuvent aider les décideurs à formuler et concevoir des politiques efficaces en matière de science citoyenne.
1. Introduction
La reconnaissance de la science citoyenne progresse dans différents domaines de politique publique et plus largement dans la société. À une époque marquée par des crises multiples (changement climatique, perte de biodiversité, pandémies, etc.), la science, la technologie et l’innovation (STI) doivent soutenir des transformations profondes dans l’ensemble des secteurs socio-économiques (OCDE, 2024[1]). L’Agenda de l’OCDE pour des politiques transformatrices de science, technologie et innovation, approuvé par les ministres de la science et de la technologie en avril 2024, souligne la nécessité d’un engagement effectif et inclusif de la société dans les activités et les politiques de STI. La science citoyenne y a été explicitement mise en avant et peut à cet égard revêtir une valeur considérable.
Les possibilités d’engagement des citoyens dans la science ont augmenté avec la numérisation et avec l’accent récemment mis, dans les politiques publiques, sur la science ouverte. Les récents travaux de l’OCDE ont porté sur les processus de participation citoyenne destinés à éclairer la prise de décision gouvernementale (OCDE, 2022[2]) et sur l’engagement des citoyens dans la politique d’innovation (Paunov et Planes-Satorra, 2023[3]). Plus spécifiquement, ce projet s’inscrit dans le prolongement des travaux antérieurs du Forum mondial de la science (GSF) de l’OCDE sur les cadres de la science ouverte (Dai, Shin et Smith, 2018[4]) et sur l’engagement des citoyens dans la définition des agendas de recherche (OCDE, 2017[5]). Les travaux antérieurs sur la recherche transdisciplinaire destinée à répondre aux défis sociétaux (OCDE, 2020[6]) recouvrent également certains aspects de la science citoyenne, en particulier là où plusieurs disciplines travaillent ensemble et où des processus de co-conception et de coproduction sont impliqués.
Le présent rapport porte sur l’engagement actif de scientifiques non professionnels dans la production de connaissances scientifiques (voir la définition dans la section « Qu’est-ce que la science citoyenne ? » du chapitre suivant). Il s’adresse principalement aux décideurs des politiques de recherche dans les ministères et les agences de financement, afin de les aider à reconnaître le potentiel de la science citoyenne et à planifier, mettre en œuvre et évaluer des politiques efficaces en la matière.
Avec un ensemble de recommandations générales, il comprend un cadre d’action publique et des options de politique publique illustrées par des politiques et initiatives issues de différents pays. Le cadre d’action publique est conçu pour aider les décideurs à déterminer pourquoi, quand et comment la science citoyenne devrait être promue. Les options de politique publique (voir Tableau 1) formulent des actions spécifiques que les décideurs peuvent entreprendre pour mettre en œuvre les recommandations. Les exemples de politiques et d’initiatives (voir annexes D et E) peuvent être utilisés pour élaborer des politiques spécifiques de science citoyenne.
Ces résultats viennent compléter des documents, lignes directrices et cadres existants élaborés par plusieurs organisations, en particulier en Europe, qui présentent des pratiques illustratives de science citoyenne et des orientations opérationnelles pour les praticiens ou les gestionnaires de programmes. En particulier, ce projet étend ces productions antérieures à un public plus large de décideurs des politiques de recherche dans les pays de l’OCDE et au-delà.
Le rapport décrit la méthodologie du projet et fournit une vue d’ensemble de la science citoyenne, y compris un bref historique, sa pertinence pour les politiques publiques et ses définitions. Sur cette base, il expose ensuite l’analyse des politiques et des initiatives de science citoyenne dans plusieurs pays, notamment les principaux défis de politique publique et les options disponibles pour promouvoir la science citoyenne. Cette analyse est suivie d’un cadre d’action publique soutenu par des exemples de bonnes pratiques provenant de différents pays. L’ensemble de ces chapitres est réuni dans une série de recommandations générales placées en tête du rapport.
Méthodologie
Ce projet a combiné une recherche documentaire sur les ressources existantes, des contributions d’experts, une collecte originale d’informations auprès des pays, ainsi qu’un atelier international. Les travaux ont été supervisés par un groupe international d’experts (EG), dont les membres (annexe A) ont été désignés par les délégations nationales du GSF. Les termes de référence (ToR), approuvés par le GSF en avril 2023, prévoyaient le développement d’un cadre d’action publique susceptible de fournir des orientations aux décideurs autour des questions clés : pourquoi, quand et comment.
Le groupe d’experts a tenu huit réunions. Ses membres ont présenté leurs différentes perspectives sur la science citoyenne, apporté leurs analyses, rassemblé des données et informations pertinentes et signalé des ressources complémentaires utiles. Des notes-pays ont été produites pour 15 pays et organisations : Belgique (BEL), Canada (CAN), Suisse (CHE), Colombie (COL), Allemagne (DEU), France (FRA), Royaume-Uni (GBR), Japon (JPN), Corée (KOR), Pays-Bas (NLD), Norvège (NOR), Pologne (POL), Portugal (PRT), Afrique du Sud (ZAF) et Commission européenne. Ces notes incluaient des informations sur le contexte national STI et les enjeux de politique publique, sur les politiques et initiatives de science citoyenne, ainsi que sur les ressources et infrastructures dédiées à la science citoyenne.
Vers la fin du projet, un atelier international de deux jours a été organisé afin de partager expériences, défis et bonnes pratiques, et d’échanger avec des praticiens, experts et décideurs de la science citoyenne du monde entier, dans le but d’aider à l’élaboration du cadre d’action publique. Le groupe d’experts a également mené un exercice rapide de prospective afin de réfléchir « hors des cadres » à ce que pourrait être la science citoyenne dans une décennie. Cet exercice n’avait pas vocation à être prescriptif ni prédictif, mais plutôt à élargir et nourrir la réflexion des décideurs dans le rapport final. Un rapport séparé de l’atelier et de l’exercice de prospective rapide est disponible sous la cote [DSTI/STP/GSF(2024)10/FINAL].
La Figure 1 présente le cadrage général du projet, reliant les problèmes, les questions clés des termes de référence et les principaux apports et résultats du projet.
2. Vue d’ensemble de la science citoyenne
Ce chapitre présente une brève revue de la littérature académique et des politiques publiques relatives aux pratiques passées et actuelles de la science citoyenne, et introduit la définition de la science citoyenne retenue dans le présent rapport.
1. L’engagement des citoyens dans la recherche : passé et présent
La recherche scientifique menée par des citoyens qui ne sont pas des scientifiques professionnels n’est pas nouvelle. En réalité, la science telle que nous la connaissons aujourd’hui trouve ses origines dans la science citoyenne. L’un des premiers exemples remonte à 801 apr. J.-C. à Kyoto, au Japon, lorsque des marchands, des responsables politiques, des moines et d’autres personnes observèrent et documentèrent la floraison des cerisiers (Aono et Kazui, 2007[7]). En Europe, la participation de scientifiques non professionnels à la recherche est antérieure à la science moderne, apparue au milieu du XVIe siècle. Du XVIe au XIXe siècle, la science s’appuyait principalement sur l’expertise profane et l’assistance profane de membres de la société, et elle constituait avant tout une activité secondaire de certaines élites masculines, riches et instruites (Commission européenne et al., 2022[8]). Ce n’est qu’après la professionnalisation de la science au XIXe siècle qu’une séparation s’est opérée entre la science professionnelle et la société plus large, y compris les scientifiques amateurs (Commission européenne et al., 2022[8]).
Le regain de l’engagement citoyen dans la recherche au XXe siècle est issu des mouvements « science pour le peuple » et de responsabilité sociale des années 1970, qui plaidaient pour une science plus consciente et plus responsable, au service des intérêts du public. Cette dynamique a été renforcée par ce que l’on a appelé le « tournant participatif » des années 1980 et 1990 (Jasanoff, 2003[9]). Dans ce contexte, une approche plus inclusive et plus démocratique de la recherche scientifique et de l’élaboration des politiques a émergé, caractérisée par une implication croissante des non-experts dans le processus scientifique et par la nécessité d’une discussion collective sur les questions communes (Schade et al., 2021[10]).
Le terme « science citoyenne » n’a toutefois été introduit que dans les années 1990 et s’est progressivement imposé depuis lors. Le terme a été défini formellement pour la première fois par Alan Irwin (Irwin, 1995[11]) et Rick Bonney (Bonney, 1996[12]) dans des contextes différents. Il a acquis une reconnaissance internationale large, même si des différences considérables subsistent quant à son interprétation et à ses relations avec d’autres modes de pratique de la recherche, tels que la science participative, la co-création et la recherche transdisciplinaire. Malgré ces différences d’interprétation, la science citoyenne est aujourd’hui largement reconnue comme un élément essentiel de la science ouverte (UNESCO, 2021[13] ; Wehn et Hepburn, 2022[14]).
Aujourd’hui, on assiste à une augmentation et à une extension des pratiques de science citoyenne, aux niveaux international, national et local, dans une grande variété de domaines de recherche, comme l’illustrent les Figures 2 et 3.
La science citoyenne s’étend à une diversité de pays et de disciplines. La Figure 3 montre le nombre de documents mentionnant explicitement la science citoyenne dans Scopus (1997-2023), par pays/territoire et par domaine disciplinaire. Ceux-ci sont plus concentrés dans certains pays et certaines régions, mais les publications sont réparties dans le monde entier. En ce qui concerne les domaines disciplinaires, l’usage publié le plus courant se situe dans les sciences agricoles et biologiques, suivi par les sciences de l’environnement puis par les sciences sociales. La science citoyenne est utilisée depuis de nombreuses années pour le suivi environnemental et de la biodiversité, la santé publique, l’astronomie, et plus récemment dans les transports, l’irrigation et l’agriculture (Hecker et al., 2018[15]). Dans le même temps, son adoption augmente pour la recherche relative au développement durable et à la transition énergétique.
La science citoyenne ne se diffuse pas seulement dans davantage de pays et de domaines de recherche ; elle s’étend également qualitativement dans ses modalités d’application. Par exemple :
- Dans des domaines comme la psychologie, où les citoyens ont traditionnellement été des objets de recherche, de nouvelles approches commencent à intégrer une participation citoyenne active dans la conception et l’exécution de la recherche (Van den Bussche et al., 2024[16]).
- Il est habituel que les scientifiques professionnels vérifient les contributions des amateurs, mais ces rôles peuvent aussi s’inverser. Ainsi, des volontaires réexaminent la précision de cartes du cerveau de la mouche du vinaigre produites par des neuroscientifiques universitaires (Nature, 2024[17]).
- La science citoyenne offre de nouvelles manières de conduire la recherche lorsque les ressources sont limitées. Par exemple, dans un projet de sismologie au Népal, malgré l’absence de financements locaux ou de soutien des autorités locales, l’adoption d’une approche de science citoyenne — consistant à analyser des données sismologiques dans les écoles — a permis un suivi scientifique efficace tout en accroissant la sensibilisation de la population (Subedi et al., 2020[18]).
Comme le montrent ces exemples, la science citoyenne complète et enrichit les méthodes traditionnelles de recherche. Sa croissance a été portée par l’adoption généralisée des outils numériques, par le désir croissant de certains groupes sociaux de participer à la science, et par la demande de nouvelles connaissances pour répondre aux défis sociétaux. À mesure que ces moteurs gagnent en intensité, l’importance de la science citoyenne continue de croître tant au niveau des pratiques que des politiques publiques.
Les applications pour smartphones, les bases de données en réseau, l’intelligence artificielle générative et l’apprentissage automatique ont changé — et continuent de changer — les modalités de participation, en facilitant les connexions entre pairs et avec la communauté scientifique, en améliorant l’accès aux données et en permettant de les traiter plus efficacement.
Un autre moteur clé est le désir du public et sa volonté d’être activement impliqué dans les processus scientifiques. Cela reflète des tendances sociétales telles que la valeur croissante accordée à la science et le souhait de contribuer à fournir des éléments probants sur des problèmes sociétaux urgents (Hecker et al., 2018[15]). L’enquête Eurobaromètre spécial montre que des citoyens (plus de 10 %) envisagent d’accroître leur engagement dans la science et la technologie en prenant activement part à des projets scientifiques, ce qui indique un potentiel considérable encore inexploité pour la science citoyenne (Commission européenne : Direction générale de la recherche et de l’innovation, 2025[19]).
L’augmentation de l’enseignement supérieur dans de nombreux pays ouvre également un potentiel d’expansion supplémentaire de la science citoyenne. Alors qu’une hypothèse courante veut que les participants à la science citoyenne soient des « citoyens ordinaires », une analyse récente montre qu’une grande majorité d’entre eux disposent d’un bagage scientifique, qu’il s’agisse d’une activité professionnelle ou d’une formation universitaire (Strasser et al., 2023[20]). Pour certains types de projets de science citoyenne, plus de 70 % des répondants aux enquêtes possèdent une licence, ce qui indique un niveau élevé de culture scientifique parmi les participants. La progression mondiale du nombre de diplômés de l’enseignement supérieur au cours de la dernière décennie (OCDE, 2024[21]) représente donc une opportunité pour que davantage de personnes puissent potentiellement s’engager dans la science citoyenne.
Il existe une longue histoire d’utilisation de données collectées par les citoyens pour évaluer l’impact des politiques publiques, en particulier dans des domaines comme la gestion des espèces envahissantes et le suivi de la biodiversité (Vohland et al., 2021[22]). Ces dernières années, la science citoyenne est également apparue comme un outil puissant pour traiter des défis sociétaux dans des domaines tels que la santé publique, la protection de l’environnement, l’innovation et l’éducation (Hecker et al., 2018[15]). Dans de nombreux domaines importants, la science citoyenne peut agir comme catalyseur d’une compréhension et d’un engagement publics plus larges.
La science citoyenne s’institutionnalise dans le monde entier à travers des réseaux et des associations, qui constituent des sources précieuses d’expertise et d’appui pour les politiques publiques. Les associations jouent un rôle essentiel dans la sensibilisation, la fourniture d’outils et de formations aux praticiens, ainsi que dans l’établissement de standards et de bonnes pratiques. Dans le même temps, les réseaux, tant au niveau national qu’international, favorisent la collaboration, construisent des communautés et facilitent la diffusion des activités de science citoyenne à l’intérieur des frontières et au-delà.
2. Qu’est-ce que la science citoyenne ?
Il existe une variété de définitions de la science citoyenne, mais elles partagent des éléments communs, notamment la participation de membres du grand public au processus de recherche scientifique (Hecker et al., 2018[15] ; Haklay et al., 2021[23]). Des initiatives ont visé à élaborer une définition internationale de la science citoyenne fondée sur un ensemble minimal de critères (Heigl et al., 2019[24]), et des cadres généraux regroupant des principes communs ont émergé (par exemple les « Dix principes de la science citoyenne » de l’ECSA, 2015[25]). Toutefois, les consultations conduites pour le présent rapport montrent clairement qu’en pratique, la compréhension que les personnes ont de la science citoyenne varie considérablement.
Dans le présent rapport, la science citoyenne est définie comme « l’engagement actif de scientifiques non professionnels dans la production de connaissances scientifiques ». Cette définition est cohérente avec d’autres définitions, bien qu’elle soit plus étroite dans sa portée que certaines d’entre elles. Il importe surtout de noter qu’elle se concentre sur le processus actif de production de connaissances scientifiques. Elle n’inclut pas le rôle des citoyens dans d’autres activités liées à la science, telles que : les processus de consultation ; l’élaboration des politiques scientifiques ; la définition des agendas de recherche ; et les processus d’examen pour le financement et l’évaluation de la recherche. Elle n’inclut pas non plus l’engagement des citoyens comme contributeurs passifs à la recherche (par exemple des patients participant à des essais cliniques). Il convient toutefois de noter que la science citoyenne, telle que définie ici, couvre un large éventail de disciplines scientifiques et peut contribuer à la base de preuve de nombreux domaines des politiques publiques.
La Figure 4 illustre le périmètre de la définition de la science citoyenne utilisée dans ce rapport. Elle montre les différents mécanismes d’implication des citoyens dans la science, allant des activités de communication et de consultation jusqu’à l’engagement dans la politique scientifique et à la participation au processus scientifique. Alors que les deux premiers types d’implication visent à informer les citoyens et à recueillir leurs avis sur des questions spécifiques, les deux derniers impliquent les citoyens soit dans l’élaboration des politiques scientifiques, soit dans la production de connaissances scientifiques. Il existe différents degrés de participation citoyenne à la recherche : les citoyens peuvent être des contributeurs, des collaborateurs, des co-créateurs ou des chercheurs autonomes (Bonney et al., 2009[26] ; Shirk et al., 2012[27] ; Sauermann et al., 2020[28] ; Haklay, 2013[29]).
La science citoyenne est liée à d’autres modes de recherche, tels que la recherche participative, la recherche transdisciplinaire et la co-création. Ces termes sont fréquemment employés dans les cercles de politique publique, et tous incluent une forme d’engagement citoyen dans la recherche. Étant donné l’évolution des définitions et des usages de ces termes qui se recoupent, il est important de reconnaître leurs points communs plutôt que de souligner leurs différences.
3. Analyse par pays et options de politique publique
Ce chapitre présente le paysage des politiques, les défis et les options pour promouvoir la science citoyenne (en tant que mode de production de connaissances scientifiques). Cette analyse transnationale repose sur les notes-pays élaborées spécialement pour ce projet par les membres du groupe d’experts, ainsi que sur des matériaux complémentaires, notamment des informations systématiquement collectées sur les politiques nationales de STI à partir du STIP Compass EC-OCDE.
1. Paysage des politiques
Reflétant l’intérêt croissant des politiques publiques pour la science citoyenne au cours de la dernière décennie, de nombreux pays disposent désormais de stratégies STI qui incluent la science citoyenne, ou lui sont spécifiquement consacrées. Il existe également plusieurs activités de politique publique transnationales visant à analyser et/ou promouvoir la science citoyenne et l’engagement des citoyens avec la science.
Les justifications de politique publique en faveur de la science citoyenne sont diverses. La science citoyenne peut être intégrée dans les stratégies nationales de STI sous différents thèmes, notamment : la science ouverte ; la recherche participative ; l’engagement et la participation du public ; la communication scientifique ; la science dans/avec/pour la société. Elle est également identifiée comme un outil important dans des domaines spécifiques de recherche (par exemple biodiversité, environnement, énergie, océan, santé, numérique et IA) ainsi que pour contribuer à la réalisation des ODD. La grande variété de priorités de politique publique auxquelles la science citoyenne est associée reflète les différentes justifications qui motivent son adoption au niveau des politiques publiques.
Une grande diversité de politiques et d’initiatives de science citoyenne sont mises en œuvre à des fins variées. Ces politiques et initiatives sont principalement centrées sur le financement de la recherche et sur cinq autres facteurs habilitants : i) les cadres juridiques et politiques nationaux ; ii) les politiques internes et la culture des institutions ; iii) le renforcement des capacités et les réseaux ; iv) les infrastructures de soutien (notamment de données) ; v) le dialogue sociétal (Commission européenne et al., 2023[30]). Un ensemble d’acteurs divers assume des responsabilités à l’égard de ces différents facteurs habilitants. La Figure 5 illustre ces divers acteurs de l’écosystème de la science citoyenne. Le rôle joué par chacun dépend de la gouvernance du système de recherche dans un pays ou une région, ainsi que du contexte spécifique, y compris des objectifs poursuivis par la promotion de la science citoyenne.
Bien que les politiques et initiatives diffèrent selon les pays et les contextes, l’engagement des citoyens dans la production de connaissances scientifiques repose sur deux mécanismes principaux. Il peut résulter directement de politiques gouvernementales, incluant le financement national de la recherche et les stratégies nationales (approche descendante). Il peut aussi être porté par des chercheurs individuels, des citoyens ou des communautés locales (approche ascendante). Ces mécanismes ne s’excluent pas ; il existe généralement un mélange de moteurs, dont l’équilibre varie fortement selon les pays et les juridictions.
Il est important de renforcer efficacement et de combiner les approches descendantes et ascendantes de manière sensible aux contextes spécifiques et aux dynamiques d’acteurs, afin de créer un environnement favorable à la science citoyenne.
2. Défis de politique publique
Malgré des différences significatives entre pays et juridictions, un certain nombre de défis communs émergent de l’analyse comparative internationale. Parmi eux :
- Obtenir un consensus de politique publique. Il peut être difficile de parvenir à une compréhension commune des objectifs poursuivis par la science citoyenne et des résultats attendus. Cela peut se traduire par un manque de financements et de ressources principaux, voire dédiés, pour la science citoyenne. La sensibilisation et la compréhension des décideurs doivent être améliorées.
- Coordonner les différents acteurs. De multiples acteurs opèrent à différents niveaux dans l’écosystème de la science citoyenne, et il peut être difficile de travailler ensemble et de combiner approches descendantes et ascendantes. Il peut en résulter, et cela peut aussi être causé par, un chevauchement des politiques et initiatives ; une meilleure coordination entre acteurs est nécessaire.
- Combler l’écart entre les objectifs des politiques et les attentes des citoyens. Les politiques de haut niveau peuvent être perçues comme trop éloignées de la vie quotidienne des citoyens, ce qui rend plus difficile leur mobilisation, surtout lorsqu’il n’est pas clair comment leurs contributions seront utilisées pour atteindre les objectifs politiques affichés.
- Intégrer les données ou preuves issues de la science citoyenne dans les politiques publiques. Le scepticisme — tant des décideurs que des scientifiques professionnels — à l’égard de la rigueur et de la qualité des données de science citoyenne peut faire obstacle à leur appropriation. Des processus de certification et de contrôle qualité peuvent contribuer à y répondre. Plus largement, il faut disposer des connaissances et capacités nécessaires pour intégrer les preuves, éclairages et données issus de la science citoyenne dans l’élaboration des politiques.
- L’absence de parcours de carrière académiques et de systèmes de reconnaissance pour la science citoyenne, ainsi que la nécessité d’encourager les institutions de recherche à fournir expertise et soutien pour la rendre possible. La culture scientifique traditionnelle et les processus d’évaluation, centrés sur l’excellence disciplinaire individuelle, n’accordent pas de valeur aux activités de science citoyenne.
- Reconnaître les contributions des citoyens et éviter leur exploitation potentielle. Il faut veiller à ce que les citoyens aient accès aux résultats de la recherche. Leur participation n’est souvent pas pleinement reconnue dans les publications et autres productions scientifiques. Cela accentue les asymétries de pouvoir et peut conduire à un sentiment de dépossession ou d’exploitation.
- Garantir l’inclusivité de la participation citoyenne. L’importance et la nature de l’inclusivité varient selon les objectifs et la nature des activités de science citoyenne. Toutefois, dans de nombreuses situations, l’absence d’incitations à participer, les contraintes techniques (par exemple l’accès à Internet) et/ou les barrières linguistiques peuvent limiter les efforts d’inclusivité. La langue peut également freiner la coopération internationale effective et la diffusion mondiale des résultats de recherche.
- Soutenir les plateformes de données et la coopération internationale autour des données. L’établissement et la maintenance de plateformes en libre accès sont difficiles, car les financements publics sont souvent orientés vers de nouveaux développements technologiques plutôt que vers la maintenance ou l’extension de ce qui existe déjà. Certaines données de science citoyenne, y compris des données personnelles sensibles, nécessitent des protocoles particuliers de sécurité et d’accès qui ne sont pas toujours intégrés aux plateformes existantes. Les défis mondiaux peuvent exiger une interopérabilité mondiale des données, mais cela suppose la construction d’un large consensus sur les standards et les vocabulaires entre des parties prenantes diverses.
- Développer des mécanismes de financement efficaces (procédures de subvention, conditions, critères d’évaluation, etc.). Les mécanismes traditionnels de financement peuvent nécessiter des ajustements importants ; par exemple, le processus de candidature peut être trop complexe pour que des citoyens puissent candidater ; les évaluateurs peuvent avoir besoin d’une formation spécifique pour juger correctement les propositions ; et les exigences minimales ainsi que les critères des appels peuvent être trop ambitieux pour favoriser des pratiques de science citoyenne ascendantes.
Les responsabilités relatives à ces différents défis sont partagées entre les divers acteurs de l’écosystème de la science citoyenne.
3. Options de politique publique
Une analyse globale des politiques et initiatives existantes que les pays mettent en œuvre pour promouvoir la science citoyenne conduit à identifier une variété d’options de politique publique répondant à différents facteurs habilitants. Certaines de ces options peuvent être liées aux défis de politique publique mentionnés ci-dessus, mais nombre d’entre elles traversent plusieurs de ces défis. Elles sont catégorisées dans le Tableau 1 en fonction du financement et de cinq autres facteurs habilitants clés.
Tableau 1. Facteurs habilitants et options de politique publique pour promouvoir la science citoyenne
| Facteurs habilitants | Options de politique publique pour promouvoir la science citoyenne |
|---|---|
| Financement national de la recherche | Fournir des programmes nationaux de recherche adaptés au soutien de la science citoyenne. |
| Cadre juridique et politique national |
|
| Politique et culture des institutions de recherche |
|
| Renforcement des capacités et réseaux |
|
| Infrastructures de soutien (de données) |
|
| Dialogue sociétal |
|
Ces différentes options de politique publique peuvent être sélectionnées et combinées par les décideurs pour rendre possible la science citoyenne. Des informations complémentaires sur les politiques et initiatives spécifiques de différents pays, collectées durant ce projet, sont fournies à l’annexe D. Ensemble, le Tableau 1 et l’annexe D constituent un complément important au cadre d’action publique décrit dans le chapitre suivant et peuvent aider les décideurs à formuler des interventions adaptées à différents scénarios.
4. Cadre d’action publique
Un cadre d’action publique efficace doit intégrer les défis et les facteurs habilitants décrits dans le chapitre précédent, et aider à répondre aux questions essentielles : pourquoi, quand et comment la science citoyenne devrait-elle être promue ? Un tel cadre doit être utile non seulement aux décideurs des politiques scientifiques dans les ministères de la science et les agences de financement, mais aussi aux responsables de la recherche dans d’autres ministères ou agences, au niveau national ou local. Dans ce qui suit, ces décideurs sont désignés comme des « décideurs des politiques de recherche ».
Il convient de noter que les décideurs qui envisagent des applications de la science citoyenne au-delà de la recherche, par exemple dans la politique réglementaire ou la politique d’innovation, peuvent devoir prendre en compte des considérations supplémentaires. Par exemple, le cadre d’action publique exposé ici ne met pas en avant le développement de législations réglementaires pour des objectifs sectoriels ni les instruments connexes de politique d’innovation, tels que les fablabs, living labs ou hackathons.
Le cadre présenté dans ce chapitre peut être résumé comme suit :
- Objectif : promouvoir une compréhension plus large et un consensus politique sur le ou les rôles de la science citoyenne (comme mode de production de connaissances scientifiques), et l’intégrer dans les réflexions relatives aux politiques de recherche comme un outil précieux pour atteindre des objectifs scientifiques et sociétaux.
- Public : les « décideurs des politiques de recherche », définis comme les responsables ayant compétence en matière de recherche, quel que soit leur ministère ou agence, aux niveaux international, national ou local.
- Composantes clés : des orientations destinées aux décideurs des politiques de recherche sur les raisons, les moments et les modalités de promotion de la science citoyenne comme approche de recherche valable.
Le cadre d’action publique est construit autour de trois piliers : 1. justification de la science citoyenne ; 2. guide pas à pas ; 3. considérations de mise en œuvre. Chacun de ces piliers est nécessaire pour répondre aux questions fondamentales de savoir pourquoi, quand et comment la science citoyenne devrait être promue.
1. La justification de la science citoyenne – pourquoi la science citoyenne devrait-elle être envisagée ?
1.1. Les justifications de politique publique de la science citoyenne
Une grande diversité de pratiques, de contextes, de typologies et de justifications de la science citoyenne peut être formulée. Du point de vue d’une meilleure politique de recherche, trois grandes justifications justifient de considérer la science citoyenne :
- Accroître l’étendue de la collecte et/ou de l’analyse des données et accélérer la découverte scientifique ;
- Répondre plus efficacement aux besoins et défis sociétaux ;
- Favoriser la démocratisation, la légitimité et l’appropriation des politiques éclairées par les connaissances scientifiques.
Les participants citoyens peuvent étendre ou enrichir la collecte des données de recherche. Ces données peuvent être géographiquement ou temporellement plus vastes, ou d’une résolution plus fine que ce qui peut être collecté de manière routinière par les professionnels. Cela est bien reconnu dans de nombreux domaines de recherche, de l’ornithologie à l’astronomie. L’implication des citoyens peut permettre aux chercheurs d’obtenir — et de gérer de manière sécurisée — des données personnelles sensibles, utiles à la recherche en santé ou en sciences sociales. Les citoyens peuvent également participer à l’expérimentation ou à l’analyse, en réalisant certaines tâches ou en interprétant des données ; dans certains cas, cela peut être plus efficient en coût. La science citoyenne peut constituer une approche viable lorsque d’autres méthodes de recherche traditionnelles, entièrement dépendantes des scientifiques professionnels, ne sont pas praticables. Les contributions citoyennes peuvent aller au-delà d’un simple crowdsourcing de données et d’analyses, pour inclure des recherches originales dont le périmètre n’aurait pas été conçu par des professionnels disciplinaires. La science citoyenne peut favoriser une diversification des idées et des approches de recherche.
Dans le même temps, la science citoyenne permet à la recherche d’intégrer des sources et formes variées de connaissance issues d’un public plus large, qui peuvent être importantes pour répondre à des problèmes pertinents pour la société. La participation citoyenne permet de recentrer les questions de recherche sur des enjeux dont les citoyens, y compris les groupes marginalisés et insuffisamment desservis, ont besoin ou se préoccupent. Les connaissances apportées par les citoyens sont essentielles pour faire face à des défis complexes qui exigent non seulement une innovation technologique mais aussi une transformation sociétale. L’engagement des citoyens dans le processus de recherche peut faciliter l’acceptation publique des résultats produits et leur diffusion large. La science citoyenne a le potentiel de combler certaines lacunes de la science traditionnelle.
L’engagement citoyen peut générer des bénéfices supplémentaires pour la société au-delà de la seule production de connaissances scientifiques, ce qui est important pour répondre aux besoins et défis sociétaux. Parmi ces bénéfices figurent l’amélioration de la culture et des connaissances scientifiques, la sensibilisation du public et les changements de comportement, la construction de communautés/réseaux et l’amélioration de la cohésion sociale, ainsi qu’un intérêt accru pour la recherche et les carrières scientifiques. Ces bénéfices permettent aux citoyens de participer de manière informée aux débats publics impliquant des questions scientifiques et peuvent contribuer à répondre à la mésinformation, à la désinformation et à la défiance envers les experts. Cet engagement peut également contribuer à l’élaboration de politiques publiques, par exemple dans le domaine des réglementations relatives au suivi environnemental ou de la biodiversité.
La science citoyenne peut contribuer à la démocratisation de la science, renforcer la légitimité de la science et des autorités scientifiques, et, en définitive, améliorer l’appropriation des politiques fondées sur des données probantes. La participation des citoyens à la production de connaissances scientifiques signifie une ouverture et une démocratisation des processus de recherche. Lorsque cette démarche est menée avec transparence et inclusivité, elle peut accroître la légitimité de la science, des politiques publiques et des autorités scientifiques, ainsi que la confiance à leur égard. Cela améliore non seulement l’appropriation de la politique de recherche elle-même, mais aussi celle des politiques éclairées par des connaissances scientifiques générées par les citoyens ou avec eux.
Même si les politiques et initiatives de science citoyenne ne se laissent pas toujours ranger proprement dans une seule catégorie, la compréhension de ces grandes justifications du point de vue de la politique de recherche est importante pour comprendre pourquoi la science citoyenne importe. Pour les décideurs des politiques de recherche, la science citoyenne devrait contribuer directement à la résolution de défis publics et à la réalisation d’une mission ou d’une ambition d’ensemble.
1.2. Avantages et inconvénients de la science citoyenne
Les inconvénients potentiels sont souvent le revers des avantages évoqués ci-dessus. Pour la justification liée à l’avancement scientifique, la participation de volontaires à la recherche peut soulever des questions quant à la qualité scientifique des résultats, accroître l’incertitude en diminuant le contrôle direct exercé sur la recherche, nécessiter des dépenses supplémentaires et générer des problèmes juridiques et éthiques inhabituels.
La science citoyenne présente une variété d’impacts positifs potentiels pour la société, mais un écart entre les objectifs des politiques et les attentes des citoyens peut rendre difficile la réalisation effective de ces bénéfices. Les évaluations traditionnelles à court terme peuvent ne pas permettre de saisir les impacts à plus long terme. C’est notamment un problème pour l’évaluation de l’effet sur la culture scientifique ou la sensibilisation du public et les changements comportementaux, où il peut être difficile d’établir clairement une relation de causalité. Des arbitrages peuvent apparaître entre ces bénéfices sociétaux et la production de connaissances scientifiques. Dans certaines situations, surtout lorsque les citoyens contribuent à des activités intellectuelles allant au-delà de tâches spécifiques (par exemple collecte et analyse de données), leur engagement peut involontairement exacerber les conflits et la défiance au lieu de produire de la cohésion sociale et de la confiance.
Si la science citoyenne ouvre la science au public, renforçant ainsi la démocratisation, la légitimité et l’appropriation des politiques, il peut exister un biais démographique dans la participation qui renforce certaines polarisations sociales. Un manque de transfert de contrôle des professionnels vers les citoyens, ou des modifications des rapports de pouvoir, peuvent générer des tensions avec les parties prenantes scientifiques traditionnelles.
Tableau 2. Justifications, domaines d’impact, avantages/bénéfices perçus et inconvénients/défis
| Justification | Domaine d’impact | Avantages / bénéfices | Inconvénients / défis |
|---|---|---|---|
| Collecte et/ou analyse des données, et découverte scientifique | Science |
|
|
| Besoins et défis sociétaux | Société |
|
|
| Démocratisation, légitimité et appropriation des politiques | Écosystème STI (gouvernance) |
|
|
1.3. La science citoyenne en relation avec d’autres priorités de politique STI
L’analyse des stratégies nationales de science, technologie et innovation (voir la section sur le paysage des politiques dans le chapitre précédent) montre que la science citoyenne est utilisée pour répondre à plusieurs priorités de politique publique, notamment :
- science ouverte ;
- engagement et participation du public ;
- communication scientifique ;
- science dans/avec/pour la société ;
- domaines spécifiques de recherche : biodiversité, environnement, énergie, océan, santé, numérique et IA, etc. ;
- Objectifs de développement durable (ODD).
Ces priorités de politique publique mobilisent les justifications et les avantages/bénéfices de l’approche de science citoyenne. Il est important que les décideurs des politiques de recherche reconnaissent qu’une approche fondée sur la science citoyenne peut être déployée pour atteindre simultanément plusieurs priorités de politique publique. L’adoption d’une telle approche peut être soutenue, voire exigée, pour mettre en œuvre des priorités existantes de politique STI.
2. Guide pas à pas – quand la science citoyenne devrait-elle être promue ?
Le guide pas à pas présenté ici comprend six étapes à l’intention des décideurs des politiques de recherche pour planifier, mettre en œuvre et évaluer une politique de science citoyenne. En suivant ces étapes, les décideurs peuvent apprécier la valeur potentielle et la faisabilité de la promotion de la science citoyenne dans toute situation particulière.
Étape 1. Définition du problème et évaluation préliminaire de la faisabilité de la science citoyenne
- Définir le problème de politique publique (ou l’objectif) en lien avec les missions du décideur en matière de recherche, sans spécifier d’emblée les modalités d’intervention.
- Examiner la pertinence d’une approche de science citoyenne par rapport au problème défini, comme premier test de faisabilité : le problème correspond-il aux bénéfices qu’une approche de science citoyenne peut offrir ?
- Pour l’extension de la collecte et/ou de l’analyse des données et la découverte scientifique, il convient de considérer l’échelle géographique ou temporelle des données requises, le volume d’analyse, ainsi que le niveau de qualité et de rigueur scientifiques nécessaire. Si le problème ne requiert qu’un petit nombre de données, un effort analytique limité ou substituable à des ordinateurs, ou un très haut niveau de rigueur scientifique, une approche de science citoyenne peut ne pas valoir la peine d’être poursuivie.
- Pour répondre plus efficacement aux besoins et défis sociétaux, la question centrale est : est-il essentiel de refléter les besoins, préférences ou éclairages du public, de stimuler l’intelligence collective, ou de favoriser la culture scientifique, la sensibilisation publique ou le changement de comportement afin de traiter le problème de politique publique ? La pertinence politique doit être examinée non seulement du point de vue des décideurs, mais aussi du point de vue des citoyens, afin de gérer l’écart éventuel entre objectifs de haut niveau et intérêts des citoyens.
- Pour la démocratisation, la légitimité et l’appropriation des politiques, il faut considérer l’inclusivité et l’empowerment requis des participants citoyens. Si le problème exige un processus dans lequel des citoyens divers jouent un rôle dans la production de connaissances scientifiques, la science citoyenne devient une candidate forte à l’intégration dans la réponse publique.
- Si le problème défini est susceptible de bénéficier d’une approche de science citoyenne, entreprendre une évaluation préliminaire des autres questions de faisabilité avant de poursuivre.
- Questions opérationnelles : participants citoyens (participants cibles, motivations, accessibilité, garantie de la bonne diversité) ; financement, ressources et temps supplémentaires requis ; expérience et capacités des acteurs concernés.
- Considérations juridiques et éthiques : réglementations requises, sécurité, vie privée, propriété intellectuelle, confidentialité.
- Acceptabilité politique (y compris soutien de haut niveau) : nécessité de traiter l’incertitude ou la possibilité qu’un engagement plus long soit requis pour démontrer le succès ; planification de conséquences non intentionnelles (par ex. conflits et défiance entre acteurs, tensions avec les parties prenantes scientifiques traditionnelles).
- Si le problème défini entre significativement en conflit avec l’usage d’une approche de science citoyenne, soit du point de vue de sa pertinence, soit du point de vue de sa praticabilité, il n’est pas nécessaire de passer à l’étape 2.
Étape 2. Analyse de la situation
- Rassembler les éléments de preuve permettant de clarifier le problème défini à l’étape 1. Ces éléments pourront ensuite être utilisés pour formuler des choix d’intervention (étape 3) et conduire une évaluation ex ante de ces choix (étape 4). Les preuves doivent porter sur :
- la nature et l’ampleur du problème de politique publique défini ; il est utile que le problème puisse être quantifié ;
- les caractéristiques particulières de la situation de politique publique — en tenant compte des parties prenantes qui influencent le paysage politique actuel et qui sont appelées à jouer un rôle dans la mise en œuvre de choix potentiels d’intervention ; les politiques et initiatives existantes liées au problème défini doivent être recueillies lorsqu’elles existent ;
- les politiques ayant déjà réussi à traiter des questions similaires, dans d’autres juridictions ou à d’autres périodes.
- Afin d’identifier des interventions potentielles, il peut être utile de se référer au STIP Compass EC-OCDE et aux plateformes dédiées à la science citoyenne (voir annexe C). L’annexe D résume également des exemples de politiques et d’initiatives mises en œuvre dans différents pays.
- Poursuivre avec les étapes suivantes sur la base des preuves collectées et revenir à cette étape si des informations supplémentaires sont nécessaires.
Étape 3. Formulation des choix potentiels d’intervention
- Formuler des choix potentiels d’intervention en s’appuyant sur les informations recueillies à l’étape 2 et en tenant compte des facilitateurs et des obstacles.
- Lorsqu’il s’agit de répondre au problème défini au moyen d’une politique intégrant une approche de science citoyenne, les principaux facteurs habilitants doivent être pris en compte : le financement de la recherche et cinq autres facteurs, à savoir : i) cadres juridiques et politiques nationaux ; ii) politiques internes et culture des institutions ; iii) renforcement des capacités et réseaux ; iv) infrastructures de soutien (de données) ; v) dialogue sociétal.
- Les options de politique publique pour promouvoir la science citoyenne (Tableau 1) aident à formuler des choix pertinents. Les exemples correspondants figurent dans l’annexe D et dans l’annexe E.
- Une approche systémique prenant en compte différents acteurs et plusieurs facteurs habilitants afin de combiner efficacement les initiatives descendantes et ascendantes peut être nécessaire. Un choix potentiel peut consister en un mélange de plusieurs options.
- Selon le portefeuille de politiques existant, la science citoyenne peut être intégrée à des politiques et activités de recherche déjà en place. Par exemple, s’il existe un programme de financement ciblant un problème similaire, il peut être approprié de le réviser pour y intégrer la science citoyenne.
- Recueillir un retour sur les choix potentiels d’intervention grâce à l’analyse de la situation (étape 2). Les obstacles à une politique (ou à un ensemble de politiques) intégrant une approche de science citoyenne peuvent être dérivés des critères de praticabilité.
- Engager une discussion et une collaboration avec les acteurs clés disposant d’une expérience en science citoyenne et/ou susceptibles d’y être intéressés. Cela peut contribuer à améliorer la conception de la politique et/ou à renforcer son soutien politique.
- Si les retours issus de l’analyse de la situation suggèrent qu’une politique intégrant une approche de science citoyenne est prometteuse, passer à l’étape suivante.
Étape 4. Décider de l’intervention privilégiée
- Sélectionner des critères et conduire une évaluation ex ante des différents choix d’intervention formulés à l’étape 3 (y compris d’une option incorporant une approche de science citoyenne). Idéalement, l’intervention retenue sera celle qui présente le meilleur équilibre entre coûts, bénéfices et risques.
Étape 4.1. Critères de l’évaluation ex ante
- Choisir des critères en cohérence avec le problème défini, en adoptant des critères quantitatifs et qualitatifs larges, allant au-delà de l’excellence scientifique et de l’efficience en coût.
- Il peut être utile de se concentrer d’abord sur les critères principaux indiqués par le problème défini, mais une pluralité de résultats doit être considérée. En science plus généralement, un mouvement croissant vise déjà à évaluer la pluralité des productions de recherche (par exemple publications, données, logiciels) ainsi que des résultats sociétaux et politiques plus vastes, mieux appréciés de manière qualitative. Cela est particulièrement pertinent pour la science citoyenne, où les publications traditionnelles peuvent ne pas constituer le principal résultat.
- Il peut être utile d’examiner les avantages et inconvénients de la science citoyenne afin d’identifier les résultats potentiels, puis de définir des critères ajustés pour les domaines de la science, de la société et de la gouvernance. Les critères peuvent aussi être éclairés par l’évaluation ex post, car les évaluations ex ante et ex post devraient être alignées.
- Hiérarchiser les différents critères.
- Il peut être nécessaire de tenir compte des arbitrages entre les différents résultats d’une politique intégrant une approche de science citoyenne. Par exemple, la participation citoyenne peut être caractérisée par son échelle (nombre de participants), son degré de participation et la diversité des participants ; des arbitrages peuvent exister entre ces facteurs, ainsi qu’entre les bénéfices distincts liés à la production de connaissances scientifiques et à l’apprentissage des citoyens.
- Inclure des critères importants de praticabilité : questions opérationnelles, considérations juridiques et éthiques, et acceptabilité politique.
- S’agissant de l’acceptabilité politique, l’incertitude ou la probabilité qu’un engagement plus long soit nécessaire pour démontrer le succès d’une politique intégrant la science citoyenne constituent des éléments importants. La flexibilité de la politique peut aider à l’accommoder.
Étape 4.2. Évaluation ex ante et prise de décision
- Estimer les résultats attendus au regard des critères sélectionnés pour chaque choix d’intervention, en combinant les informations recueillies dans l’analyse de la situation.
- Comparer les résultats et décider de l’intervention privilégiée, c’est-à-dire celle qui présente le meilleur équilibre entre coûts, bénéfices et risques.
- Après sélection de l’intervention privilégiée, communiquer avec des acteurs plus larges. La science citoyenne pouvant susciter des tensions involontaires avec la communauté scientifique professionnelle, il est important de faire passer un message cohérent : la science citoyenne ne se substitue pas à la science traditionnelle, mais la complète. De même, elle n’entre pas en conflit avec l’autonomie scientifique, mais introduit des interactions mutuellement bénéfiques entre scientifiques professionnels et citoyens.
Étape 5. Mise en œuvre de l’intervention retenue
- Voir ci-dessous les considérations de mise en œuvre, qui identifient les points critiques lorsque l’on met en œuvre une politique intégrant la science citoyenne dans le processus de production des connaissances scientifiques.
Étape 6. Suivi, évaluation ex post et itération
Suivi :
- Définir les indicateurs nécessaires pour mesurer les intrants, extrants, résultats et impacts, puis les collecter et les analyser.
- Le suivi est important pour comprendre les « progrès par rapport aux objectifs », et les indicateurs choisis doivent être alignés sur le problème défini et sur les critères d’évaluation ex ante.
- Des modèles logiques décrivant les chaînes allant des intrants aux impacts, souvent utilisés pour l’évaluation des politiques, ont été développés pour la science citoyenne.
- Des exemples d’indicateurs d’impact pour la science citoyenne peuvent être trouvés dans le MICS Impact Indicator Explorer et dans son cadre conceptuel.
Évaluation ex post :
- Prendre en compte à la fois les impacts quantitatifs et qualitatifs et les évaluer.
- L’évaluation implique idéalement une appréciation systématique de la conception, de la mise en œuvre et des résultats d’une intervention.
- Pour l’évaluation d’une politique (par exemple un programme de financement de la recherche), les métriques quantitatives peuvent être utiles pour démontrer certains aspects de l’impact, mais elles devraient être complétées par des récits qualitatifs permettant d’explorer des impacts holistiques.
- Étant donné l’incertitude ou le temps plus long requis pour démontrer le succès de la science citoyenne, le processus lui-même peut également être évalué, souvent sur un horizon plus court, afin d’optimiser la probabilité qu’une politique produise une valeur optimale.
Itération :
- Améliorer la politique à partir des résultats du suivi et de l’évaluation.
- Les apprentissages précoces issus du suivi et de l’évaluation permettent des ajustements agiles de la conception de la politique, ce qui peut être crucial pour optimiser une politique intégrant une approche de science citoyenne.
3. Considérations de mise en œuvre – comment répondre aux défis de mise en œuvre de la science citoyenne ?
Cette section examine les considérations essentielles pour les décideurs (des ministères et des agences de financement) lorsqu’ils mettent en œuvre une approche de science citoyenne. Ces considérations ont également des implications pour la conception des politiques. Les prendre en compte relève d’une responsabilité partagée entre les décideurs et les personnes chargées de la mise en œuvre quotidienne des politiques, c’est-à-dire les gestionnaires de programme ou de projet. Le rôle des décideurs n’est pas de prescrire chaque détail, mais de veiller à ce que les responsables opérationnels perçoivent correctement les défis et y répondent de manière appropriée. Il existe déjà plusieurs boîtes à outils et guides utiles à destination des gestionnaires mettant en œuvre la science citoyenne.
3.1. Gestion des programmes et projets de science citoyenne
En définitive, chaque programme ou projet de recherche a sa propre finalité et doit être adapté à cette finalité. Néanmoins, un certain nombre de questions récurrentes peuvent compromettre la mise en œuvre effective d’une approche de science citoyenne.
3.1.1. Participants citoyens – démographie, motivation et obstacles à la participation
Les participants citoyens peuvent ne pas refléter certaines caractéristiques démographiques (par exemple genre, âge, origine, niveau d’éducation, revenu), et des efforts ciblés peuvent être nécessaires pour garantir diversité et inclusion. Pour bien gérer les participants, les gestionnaires de recherche doivent :
- considérer les exigences spécifiques d’engagement — échelle de la participation citoyenne, degré d’engagement et diversité requise — pour atteindre les objectifs du projet ;
- comprendre la démographie et les motivations des participants, et établir un plan de construction de communauté, comprenant les canaux de recrutement et de communication, ainsi que les moyens de réduire les obstacles à la participation.
D’autres obstacles à la participation peuvent être liés à la localisation et à l’accès physique, à l’accessibilité des technologies de participation, à la disponibilité temporelle, au coût d’opportunité financier de la participation, et aux structures institutionnelles.
La langue constitue un obstacle fréquent à la participation. Les études montrent que l’usage des langues locales a un effet positif sur la participation et la motivation des citoyens. Actuellement, l’anglais est la langue commune de nombreuses productions scientifiques et souvent le point d’entrée de la science citoyenne sur les grandes plateformes. Dans les projets internationaux ou mobilisant des communautés locales, il est essentiel de prendre en compte les besoins de traduction. Le choix de la langue est important pour diffuser les résultats de recherche et encourager l’action des parties prenantes, y compris le grand public et les décideurs.
3.1.2. Incitations à la participation et à l’engagement des citoyens
Comme la participation citoyenne dépend de ses incitations, les gestionnaires de recherche doivent :
- communiquer avec les participants potentiels afin de mieux comprendre leurs motivations ;
- utiliser des modalités adaptées pour motiver les participants, par exemple : opportunités d’enrichissement (plaisir, apprentissage), recherche orientée vers l’action (alignée sur les intérêts des participants), reconnaissance publique, reconnaissance académique, propriété intellectuelle (droits d’auteur, brevets, marques), remboursement des déplacements et du temps ;
- fournir un retour rapide aux participants, gérer leurs attentes dès le début du projet, et continuer à communiquer et reconnaître leurs efforts après la fin du projet.
3.1.3. Assurance qualité et prévention des biais potentiels
Les projets de science citoyenne doivent être alignés sur les standards de qualité scientifique et d’intégrité reconnus dans le domaine de recherche concerné. Les scientifiques professionnels tendent à s’inquiéter de la qualité, alors même qu’il est bien établi que les citoyens sont capables d’apporter des contributions valides scientifiquement, équivalentes à celles des professionnels, dès lors que des méthodes d’assurance qualité appropriées sont mises en place. Les préoccupations relatives à la qualité concernent souvent soit les habitudes des participants, soit leurs compétences ; ces deux dimensions peuvent être traitées par la conception et la mise en œuvre du programme ou du projet.
Lorsque les citoyens participent à des activités de recherche allant au-delà d’une tâche spécifique (par exemple collecte ou analyse de données), cela peut accroître le risque de discussions polarisées, de conclusions biaisées et de conflits involontaires. Des processus de dialogue soigneusement conçus, une facilitation experte et des espaces de médiation neutres peuvent contribuer à réduire ces risques.
3.1.4. Questions éthiques
Les gestionnaires de recherche doivent prendre en compte les questions juridiques et éthiques susceptibles d’émerger du fait de la participation citoyenne. Celles-ci sont souvent liées au droit d’auteur, à la propriété intellectuelle, aux accords de partage de données, à la confidentialité, à l’attribution des productions, ou à l’impact environnemental de la participation citoyenne. Plus largement, les considérations éthiques peuvent concerner de multiples aspects de la conception, de la mise en œuvre et de la diffusion du projet.
Le projet européen PRO-Ethics a élaboré un guide éthique pour les agences de financement mettant en œuvre des activités participatives, y compris la science citoyenne. Ce guide précise notamment :
- la détermination des types de participants ciblés, des modalités de leur recrutement et des moyens de supprimer les barrières à la participation ;
- l’identification des questions éthiques par un examen systématique des enjeux généraux (par exemple consentement éclairé, standards d’intégrité scientifique) et des risques pour les participants ;
- la manière de favoriser un dialogue équitable et significatif ;
- l’établissement de processus efficaces de suivi et de réflexion.
3.2. Gestion du financement
Les financeurs de la recherche doivent introduire dans la conception et la gestion de leurs programmes les considérations détaillées dans la section précédente.
3.2.1. Mécanismes de financement
Les mécanismes d’engagement citoyen doivent être soutenus et rendus possibles en cohérence avec les objectifs globaux d’un programme donné. Par exemple, si l’objectif principal concerne la réponse aux besoins et défis sociétaux, il peut être important d’exiger des scientifiques professionnels qu’ils associent des citoyens à la formulation des questions de recherche. L’intégration des perspectives des participants dans la conception de la recherche peut également accroître leur motivation et leur engagement.
Il existe plusieurs méthodes pour incorporer les points de vue des citoyens dans la formulation des questions de recherche. Les programmes de financement peuvent inclure un processus permettant de définir les questions pertinentes avec les citoyens, puis de lancer des appels à projets. Si l’engagement avec les citoyens est laissé à l’initiative des candidats, ce processus peut nécessiter d’être couvert par le soutien offert.
Dans la plupart des cas, les principaux candidats au financement sont des chercheurs professionnels, mais dans certaines circonstances, les financeurs peuvent aussi accepter des propositions émanant de personnes ou de communautés non affiliées à des universités ou à des prestataires gouvernementaux traditionnels.
L’objectif ou les résultats attendus sont essentiels pour déterminer la nature d’un programme de financement. Un appel à projets peut faire de la science citoyenne une exigence explicite (programme dédié) ou la mentionner comme approche possible en laissant aux candidats le soin de décider s’ils l’utilisent. Les praticiens peuvent être mieux placés que les financeurs pour savoir quand une approche de science citoyenne est pertinente. Il convient également de noter que le développement ou l’adoption de méthodologies de science citoyenne peut nécessiter une flexibilité en matière de temps et de ressources, ainsi qu’un ajustement fin des paramètres des appels à projets.
En plus des programmes traditionnels de soutien à la recherche, les financeurs ont un rôle important à jouer dans la création d’un environnement favorable à la science citoyenne, par exemple en utilisant le financement pour inciter aux changements des politiques internes et de la culture des institutions de recherche, et pour soutenir le développement des capacités et des réseaux.
3.2.2. Évaluation par les pairs
L’évaluation de propositions intégrant la science citoyenne exige l’intégration de perspectives diverses, et les processus d’évaluation par les pairs devraient le refléter. Les jurys peuvent inclure non seulement des professionnels disciplinaires, mais aussi d’autres types « d’experts ». Il peut s’agir de citoyens ayant déjà participé à des projets de science citoyenne et de professionnels ayant une expérience pertinente. Les membres des jurys peuvent également nécessiter une formation spécifique afin d’évaluer les propositions comprenant des approches de science citoyenne et de pondérer correctement les différents critères.
Le fonctionnement des panels d’évaluation ou de financement peut aussi devoir être adapté. Dans un modèle traditionnel, le résultat de l’évaluation repose sur la moyenne des notes individuelles, mais cela ne reflète pas pleinement la pluralité des perspectives. Organiser des réunions de panel peut aider à réconcilier ces points de vue en favorisant l’apprentissage mutuel entre évaluateurs. De plus, les propositions peuvent être évaluées non seulement par des experts, mais aussi par le public, au travers d’un panel citoyen ou d’un vote public élargi.
Il est souvent plus facile d’adapter les processus d’évaluation dans des programmes dédiés à la science citoyenne. Cela peut être plus difficile dans des programmes génériques visant simplement à la rendre possible sans l’imposer. En définitive, les प्रक्रés d’évaluation doivent être alignés sur l’objectif général du programme. Toutefois, dans de nombreux domaines où la science citoyenne peut apporter une contribution substantielle, il ne suffit pas de la mentionner comme option dans un appel à projets tout en conservant des processus traditionnels d’évaluation et d’allocation des financements. Le mécanisme d’évaluation par les pairs doit être ajusté pour incorporer correctement les approches de science citoyenne.
3.2.3. Sécurité et intégrité de la recherche
Il est généralement admis que les projets de science citoyenne doivent être alignés sur les principes établis d’intégrité scientifique. En revanche, les implications de la sécurité de la recherche — c’est-à-dire la prévention des interférences indésirables dans les processus de recherche et des détournements des résultats — ont moins retenu l’attention. Même si les projets de science citoyenne portant directement sur la sécurité nationale ou économique peuvent être rares, les risques d’ingérence étrangère et de transfert non autorisé d’informations sont susceptibles d’augmenter à mesure que la science citoyenne se diffuse dans davantage de domaines. Divers groupes citoyens peuvent avoir des agendas « anti-science », et certains sont connus pour être soutenus par des acteurs étatiques. La science citoyenne constitue alors une cible potentielle. Les risques de sécurité associés aux politiques, programmes et projets de science citoyenne doivent être évalués et gérés de la même manière que l’on commence à le faire pour d’autres activités scientifiques.
5. Remarques conclusives
Afin de tester certaines des conclusions préliminaires issues de ce projet et la robustesse du cadre d’action publique proposé, un bref exercice de prospective/vision a été mené avec les membres du groupe d’experts. La conclusion générale de cet exercice a été que les opportunités et les défis de la science citoyenne devraient devenir plus marqués dans un avenir proche, et que des évolutions culturelles ainsi qu’un soutien institutionnel seront nécessaires pour soutenir et faire progresser les pratiques de science citoyenne. Parmi les points spécifiques mis en évidence figurent : le potentiel de la science citoyenne pour dépasser les polarisations et les divisions politiques ; la nécessité d’assurer la rigueur et la qualité des données et résultats de la science citoyenne ; l’importance de l’inclusivité et de la participation des populations vulnérables, afin de ne pas créer une nouvelle « élite » de scientifiques citoyens ; et la nécessité de favoriser les initiatives locales tout en passant à une collaboration mondiale.
Les résultats de ce bref exercice de prospective renforcent l’analyse globale du projet et les recommandations principales exposées au début du présent rapport. Il est clair que la science citoyenne a un rôle précieux à jouer, maintenant et à l’avenir, pour répondre aux défis scientifiques et sociétaux, et pour produire les nouvelles connaissances nécessaires afin d’éclairer les politiques et la prise de décision dans de nombreux secteurs publics. Elle constitue un outil essentiel pour produire les connaissances scientifiques nouvelles requises par les transformations socio-économiques urgentes. Les conditions de possibilité de cette contribution commencent par une reconnaissance et une acceptation plus larges de la valeur de la participation citoyenne à la science, ainsi que par la conception et la mise en œuvre de politiques qui promeuvent la science citoyenne. Un soutien direct, notamment financier, est important, mais il ne peut être efficace que si des actions de politique publique sont également mises en œuvre afin de créer les conditions habilitantes nécessaires à la science citoyenne, y compris des infrastructures et des incitations.
Le présent rapport, qui fournit un cadre, incluant un outil d’appui pas à pas pour les politiques, ainsi que des options de politique publique et des exemples de bonnes pratiques, a pour but d’aider les décideurs des politiques de recherche à évaluer pourquoi, quand et comment mobiliser la science citoyenne dans l’élaboration de leurs politiques. Le cadre expose les principales justifications de la science citoyenne ainsi que ses bénéfices et limites potentiels pour répondre à différents objectifs, de même qu’il fournit des orientations sur les choix d’intervention et leur conception. Il est reconnu que de nombreux acteurs doivent travailler ensemble pour faire émerger un écosystème dynamique de science citoyenne. Le rôle de la politique publique, et l’objectif du cadre, est de soutenir le développement de cet écosystème.
La grande variété des politiques et initiatives déjà mobilisées pour soutenir la science citoyenne démontre l’importance croissante de ce champ et souligne également les différences entre pays, lesquels disposent de systèmes de gouvernance de la recherche différents et se trouvent à des stades différents d’intégration de la science citoyenne dans leurs politiques de recherche. Les objectifs généraux des politiques relatives à la science citoyenne, tout comme la pertinence et la faisabilité de différentes options de politique publique, varient selon les pays et les secteurs. Le cadre proposé dans ce rapport a été conçu pour être largement applicable et résulte d’un processus d’apprentissage mutuel et de co-conception impliquant des experts de nombreux pays. Il ne saurait cependant remplacer la nécessité persistante d’échanges et de coopérations internationales pour que la science citoyenne puisse réaliser son plein potentiel et apporter des solutions à certaines des grandes questions auxquelles la science, la société et les politiques publiques sont confrontées.
Références
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Notes
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Annexe A. Composition du groupe d’experts
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Annexe B. Projets et programmes illustrant différentes justifications de la science citoyenne
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Annexe C. Exemples de plateformes de science citoyenne
[Annexe traduisible en tableau MediaWiki sur demande.]
Annexe D. Politiques et initiatives de science citoyenne
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Annexe E. Caractéristiques essentielles de différents programmes de financement de la science citoyenne
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Annexe F. Exemple d’évaluation – Programme canadien des contaminants dans le Nord
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