L'ethnopraxologie comme étude quadripolaire de la nature humaine: Difference between revisions

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== Note bibliographique ==
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Sur la déclaration du S7 (2019), voir les communications du sommet « Science 7 » tenu en marge du G7 de Biarritz et la position française portée par Frédérique Vidal sur le « quadrige » de la recherche. Sur la quadruple hélice et ses limites, voir notamment Carayannis & Campbell (2009). Sur l'exométrie/anométrie, voir Hélène Coudrier, ''ANTHROPOS'' et la série ''Jean de Fontfraîche''. Sur la perduction, l'intellition, le mnémosome et la co-noèse, voir les documents de travail déposés sur Zenodo dans le cadre du programme intellitique.fr / diktya.org.
Sur la déclaration du S7 (2019), voir la présentation du Science 7 sur le site de la Présidence de la République française (https://www.elysee.fr/g7biarritz2019/2019/01/01/le-science-7-s7) et le texte intégral des recommandations sur la science citoyenne à l'ère de l'Internet publié par l'Académie des sciences : version française (https://www.academie-sciences.fr/pdf/rapport/Citizen_G7_2019_FR.pdf) et version anglaise hébergée par la Royal Society (https://royalsociety.org/-/media/about-us/international/g-science-statements/2019-g7-declaration-citizen-science.pdf). Le sommet du S7 s'est tenu du 24 au 26 mars 2019 à la Fondation Cino Del Duca à Paris, sous la présidence de l'Académie des sciences française, en préparation du G7 de Biarritz d'août 2019.
 
Sur la quadruple hélice et ses limites, voir Elias G. Carayannis et David F. J. Campbell, « "Mode 3" and "Quadruple Helix" : toward a 21st century fractal innovation ecosystem », ''International Journal of Technology Management'', vol. 46, n° 3/4, 2009, p. 201-234 (DOI : 10.1504/IJTM.2009.023374 — https://www.inderscienceonline.com/doi/abs/10.1504/IJTM.2009.023374). La discussion critique de la position du citoyen dans ce modèle, et le déplacement opéré par la déclaration du S7, sont traités plus en détail dans la section 2 de la présente note.
 
Sur l'exométrie / anométrie, voir Hélène Coudrier, ''ANTHROPOS'' et la série romanesque ''Jean de Fontfraîche'' (référencement en cours dans le cadre de l'inventaire du PCI 1 / GHM SC).
 
Sur la perduction, l'intellition, le mnémosome et la co-noèse, voir les documents de travail déposés ou en préparation pour dépôt sur Zenodo (https://zenodo.org/) dans le cadre du programme intellitique.fr (https://intellitique.fr/) et de l'infrastructure diktya.org (https://diktya.org/).


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L'ethnopraxologie comme étude quadripolaire de la nature humaine

À propos du quatrième pôle de recherche reconnu par la déclaration du S7 (2019)

Résumé

Cette note propose une définition de l'ethnopraxologie comme étude quadripolaire — universitaire, institutionnelle, industrielle, individuelle — de la nature humaine à partir de ses comportements communs et profonds dans le temps et dans l'espace. Elle articule cette définition à la déclaration du S7 de 2019, qui reconnaît la recherche hors-murs comme un pan égal de la recherche humaine et lui crédite l'accès à des points de vue inaccessibles aux trois autres pôles. L'argument central est que cette reconnaissance n'est pas seulement politique : elle est simultanément expérimentale et méthodologique. Elle déplace la quadripartition d'une symétrie d'angles à une couverture épistémique, dans laquelle le pôle individuel ne complète pas les trois autres mais leur est, sur certains terrains, irréductible. Cette note précise les conséquences de ce déplacement pour la constitution de l'ethnopraxologie comme discipline et pour son articulation aux notions connexes développées dans le cadre de l'intellitique<ref>discipline des liens actifs et latents, étendue ou non par l'IA. </ref> — exométrie, perduction, mnémosome, co-noèse.

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<references />

1. Proposition

On entendra par ethnopraxologie l'étude quadripolaire — universitaire, institutionnelle, industrielle, individuelle — de la nature humaine à partir de ses comportements communs et profonds dans le temps et dans l'espace.

Trois éléments de cette définition demandent une explicitation distincte : la quadripartition des pôles d'étude ; l'objet — les comportements communs et profonds ; et le cadre spatio-temporel dans lequel s'inscrit l'observation. C'est sur le premier élément que porte la présente note ; il commande les deux autres.

2. Le quadrige scientifique selon le S7 (2019)

La déclaration du S7 (mai 2019, dans le sillage du G7 « science » de Paris) constitue, à notre connaissance, la formulation la plus claire d'un cadre quadripolaire de la recherche humaine. Elle y distingue quatre composantes — universités, institutions, industrie, et recherche hors-murs ou « citoyenne » — et établit entre elles un rapport qui n'est ni hiérarchique ni purement complémentaire. Le S7 ne se contente pas d'''ajouter'' la recherche citoyenne aux trois pôles classiques : il lui reconnaît un statut de pan égal et il lui crédite l'accès à des points de vue qui sont inaccessibles aux trois autres.

Cette double affirmation — parité de statut, singularité d'accès — est plus structurante qu'il n'y paraît. Elle se distingue à la fois du modèle de la « triple hélice » (universités-institutions-industrie) auquel le citoyen serait simplement adjoint comme bénéficiaire ou évaluateur, et du modèle « quadruple hélice » dans lequel le quatrième pôle reste défini par sa fonction politique (légitimer l'innovation par la société civile). Dans le cadre du S7, le quatrième pôle n'est pas légitimant : il est producteur, et producteur d'observables que les trois autres ne peuvent pas, par construction, produire.

3. Trois régimes du quatrième pôle

Pour clarifier ce déplacement, on distinguera trois régimes selon lesquels la recherche hors-murs peut être convoquée :

  • Un régime politique — le citoyen comme acteur d'innovation légitimement associé à la décision publique en matière de recherche. C'est le régime majoritaire dans les discours européens sur la « quadruple hélice », et il a sa raison d'être ; mais il laisse la recherche citoyenne dans un rôle d'accompagnement.
  • Un régime expérimental — la recherche hors-murs comme conduite d'expériences que l'appareil institutionnel ne peut ni mener ni accueillir. Ses terrains incluent typiquement les durées longues (cinq générations, par exemple), les sujets propres (la vie de l'expérimentateur, sa famille, son patrimoine culturel immatériel), et les situations dont la mise en protocole détruit l'objet. Le chercheur libre n'est pas ici un amateur de l'expérimental académique ; il en occupe une zone fonctionnellement disjointe.
  • Un régime méthodologique — la recherche hors-murs comme opératrice de méthodes dont l'individu est le seul opérateur possible. La perduction (enquête de proximité révélant les cohérences mnémosomiques des participants à une situation), l'intellition (considération interne d'une contexture), l'inventaire du mnémosome individuel relèvent toutes de cette catégorie. Elles ne sont pas externalisables à un protocole, et c'est précisément ce qui leur donne accès à ce qui resterait sinon invisible.

Les trois régimes ne s'excluent pas. La déclaration du S7, lue rigoureusement, les sollicite simultanément : c'est leur conjonction qui fait du quatrième pôle un pan de recherche et non un supplément aux trois autres.

4. De la symétrie d'angles à la couverture épistémique

Une première lecture de la quadripartition — peut-être la plus naturelle — la traiterait comme une symétrie : quatre angles d'observation équivalents portés sur un même objet, la nature humaine. Cette lecture est insuffisante. Si le quatrième pôle a accès à des points de vue inaccessibles aux trois autres, alors les quatre pôles ne sont pas équivalents en termes d'observables.

Il faut plutôt concevoir la quadripartition comme un dispositif de couverture épistémique. Chacun des trois premiers pôles opère par des filtres propres — protocoles disciplinaires pour l'université, mandats et calendriers pour les institutions, viabilité économique pour l'industrie — qui sélectionnent ce qui peut être pris pour objet. Ces filtres ne sont pas des défauts : ils sont la condition même de la rigueur de chaque pôle. Mais ils sont aussi, conjointement, ce qui laisse hors de portée certains observables.

Le pôle individuel ne propose pas un quatrième filtre comparable. Il ne « voit » pas les mêmes objets autrement ; il ouvre sur ce qui passe à travers les trois filtres existants ou ce que ceux-ci écartent par construction. La fonction de la recherche hors-murs, dans ce cadre, est de couvrir cette part — non par concurrence avec les trois autres pôles, mais par occupation d'une zone que leur architecture même rend pour eux inaccessible.

Le quadrige scientifique s'entend donc moins comme quatre voies parallèles que comme un attelage où chaque pôle prend en charge ce que les autres ne peuvent pas. La parité affirmée par le S7 n'est pas une égalité de fonction ; c'est une égalité de nécessité.

5. Conséquences pour l'ethnopraxologie

L'ethnopraxologie ainsi définie n'est pas une discipline qui s'exercerait depuis l'un des quatre pôles. Elle suppose, comme condition de possibilité de son objet, la mobilisation conjointe des quatre. Certains comportements communs et profonds ne sont en effet pas mieux observés depuis le pôle individuel : ils n'existent comme observables qu'à partir de lui. Inversement, d'autres ne deviennent visibles que par les méthodes statistiques et longitudinales accessibles aux institutions ; d'autres encore par les protocoles expérimentaux contrôlés des universités ; d'autres enfin par l'observation des comportements d'adoption et d'usage propres aux pratiques industrielles.

Le projet ethnopraxologique consiste alors moins à choisir un point de vue qu'à articuler les quatre — chacun retenu pour la part d'observables qui lui revient en propre. L'ethnopraxologie n'est ni une ethnologie au sens classique ni une praxéologie au sens économique : elle est l'étude des comportements humains posée d'emblée comme tributaire d'une architecture quadripolaire d'observabilité.

Cette définition entre en résonance avec d'autres notions de l'appareil de l'intellitique. Elle prolonge l'exométrie / anométrie formalisée par Hélène Coudrier (étude des équivalences structurelles indépendantes des contraintes spatio-temporelles) : ce qui apparaît, depuis l'ethnopraxologie, comme « commun et profond dans le temps et l'espace » constitue la matière empirique sur laquelle l'exométrie opère ses abstractions formelles. Elle articule également la perduction — méthode d'enquête de proximité — au quatrième pôle, dont elle constitue l'opération centrale. Elle prépare enfin la co-noèse : un objet qui se manifeste à quatre pôles est par nature un objet dont la connaissance complète appelle un acte de pensée partagée, irréductible à la noèse de l'un quelconque des pôles considérés isolément.

6. Renversement du rapport observation/participation

Une dernière conséquence mérite d'être tirée. Dans l'ethnologie classique de la première moitié du XXe siècle, l'observateur participant compensait par la proximité une extériorité d'origine. La participation venait corriger une distance posée comme normale : le chercheur entrait dans le terrain pour rendre observable ce qu'une extériorité absolue lui aurait dérobé.

Dans une ethnopraxologie au sens du S7, ce rapport se renverse. La proximité n'est plus correctrice ; elle est constitutive. Le pôle individuel n'est pas un cas-limite de pôle universitaire où le chercheur se serait trop rapproché de son objet — il est le lieu propre d'observables qui n'existent pas autrement. La participation ne corrige plus la distance : elle ouvre un domaine d'existence.

Ce renversement n'annule pas la rigueur ; il en redéfinit la condition. La question méthodologique pertinente, pour le pôle individuel, n'est plus de savoir comment réduire la distance entre observateur et observé, mais comment garantir que ce qui est rendu observable depuis ce pôle reste articulable aux observables des trois autres. C'est le sens architectural de la quadripartition : non pas une garantie d'objectivité par cumul de regards, mais une garantie d'articulabilité par diversité fondée de régimes d'accès.

7. Conclusion provisoire

L'ethnopraxologie, telle qu'on l'entend ici, hérite de la quadripartition du S7 deux traits qui la distinguent des entreprises classiques en ethnologie ou en sciences du comportement. Premièrement, elle pose la quadripolarité comme condition de constitution de son objet, et non comme méthode complémentaire surajoutée. Deuxièmement, elle reconnaît au pôle individuel — au chercheur libre, à la recherche hors-murs — un statut épistémique propre, non subordonné aux trois autres pôles, et fondé non sur une revendication politique mais sur un constat d'accès.

Ces deux traits engagent des développements ultérieurs. Sur la définition fine de l'objet — « les comportements communs et profonds dans le temps et l'espace » — ils invitent à préciser ce que « commun » et « profond » signifient lorsque chacun des quatre pôles en a une saisie propre. Sur la méthode, ils appellent une réflexion sur les conditions d'articulation des quatre régimes d'observabilité : à quel niveau, et selon quel langage, les observables produits par chacun deviennent-ils mutuellement traduisibles ? La réponse à cette seconde question est très vraisemblablement à chercher du côté de l'exométrie et, plus généralement, du cadre intellitique.

Ces deux développements constitueront l'objet de notes ultérieures.

Note bibliographique

Sur la déclaration du S7 (2019), voir la présentation du Science 7 sur le site de la Présidence de la République française (https://www.elysee.fr/g7biarritz2019/2019/01/01/le-science-7-s7) et le texte intégral des recommandations sur la science citoyenne à l'ère de l'Internet publié par l'Académie des sciences : version française (https://www.academie-sciences.fr/pdf/rapport/Citizen_G7_2019_FR.pdf) et version anglaise hébergée par la Royal Society (https://royalsociety.org/-/media/about-us/international/g-science-statements/2019-g7-declaration-citizen-science.pdf). Le sommet du S7 s'est tenu du 24 au 26 mars 2019 à la Fondation Cino Del Duca à Paris, sous la présidence de l'Académie des sciences française, en préparation du G7 de Biarritz d'août 2019.

Sur la quadruple hélice et ses limites, voir Elias G. Carayannis et David F. J. Campbell, « "Mode 3" and "Quadruple Helix" : toward a 21st century fractal innovation ecosystem », International Journal of Technology Management, vol. 46, n° 3/4, 2009, p. 201-234 (DOI : 10.1504/IJTM.2009.023374 — https://www.inderscienceonline.com/doi/abs/10.1504/IJTM.2009.023374). La discussion critique de la position du citoyen dans ce modèle, et le déplacement opéré par la déclaration du S7, sont traités plus en détail dans la section 2 de la présente note.

Sur l'exométrie / anométrie, voir Hélène Coudrier, ANTHROPOS et la série romanesque Jean de Fontfraîche (référencement en cours dans le cadre de l'inventaire du PCI 1 / GHM SC).

Sur la perduction, l'intellition, le mnémosome et la co-noèse, voir les documents de travail déposés ou en préparation pour dépôt sur Zenodo (https://zenodo.org/) dans le cadre du programme intellitique.fr (https://intellitique.fr/) et de l'infrastructure diktya.org (https://diktya.org/).

Voir aussi

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